Dans l’immense genre Euphorbia, peu d’espèces ont laissé une empreinte économique aussi profonde que Euphorbia antisyphilitica. Ce petit arbuste semi-succulent du désert de Chihuahua, connu dans tout le nord du Mexique sous le nom de candelilla (« petite bougie »), produit sur ses tiges une couche de cire dure et brillante que l’industrie exploite depuis plus d’un siècle : la cire de candelilla, additif alimentaire E902, ingrédient de base des baumes à lèvres, des rouges à lèvres, des chewing-gums et des vernis. Derrière cette touffe de tiges grises, droites et pratiquement dépourvues de feuilles, se cache donc une histoire de commerce international, de réglementation CITES et de subsistance rurale, mais aussi une plante de collection étonnamment tolérante au froid sec, encore peu répandue dans les collections européennes.
Comment reconnaître Euphorbia antisyphilitica ?
La plante forme une touffe dense issue d’une souche charnue abondamment ramifiée. Les tiges sont dressées, peu ramifiées, hautes de 25 à 50 cm et pouvant atteindre 1 m, glabres ou finement pubescentes, d’un diamètre d’environ 5 mm : c’est la seule euphorbe « à tiges de crayon » de la flore nord-américaine. Avec l’âge, elles se couvrent d’une couche de cire écailleuse qui s’exfolie et donne à la touffe son aspect givré, gris-vert pâle. À la base, les tiges se lignifient progressivement.
Les feuilles sont alternes, généralement très caduques, parfois persistantes : minuscules (2,5 à 4 mm de long sur 1 mm de large), épaisses et charnues, ovales à deltoïdes-subulées, sans pétiole, à base souvent arrondie et renflée, avec des stipules de 0,4 à 0,5 mm. Elles tombent si vite que la plante paraît en permanence aphylle, la photosynthèse étant assurée par les tiges.
La floraison a lieu au printemps et en été. Les cyathes sont groupés en cymes axillaires congestionnées près de l’extrémité des rameaux, ou solitaires aux nœuds supérieurs, sur un pédoncule très court (0 à 1 mm). L’involucre campanulé mesure 1,6 à 2,2 mm de haut sur 1,6 à 1,9 mm de large et porte cinq glandes rosées, étroitement oblongues à réniformes, prolongées d’appendices blancs à roses, ovales à oblongs, de 1,3 à 2,5 mm, souvent érodés sur le bord. Chaque cyathe contient de 50 à 70 fleurs staminées. Le fruit est une capsule subsphérique glabre ; la graine, plus ou moins conique et légèrement ridée, porte une caroncule minuscule.
Hybrides
Aucun hybride naturel ni horticole n’est enregistré pour cette espèce, et aucun cultivar n’est reconnu : les plantes proposées dans le commerce sont des formes sauvages, issues de semis, de boutures ou de division. Les Euphorbia s’hybrident rarement en dehors de quelques groupes horticoles bien identifiés, et Euphorbia antisyphilitica n’en fait pas partie.
Une confusion fréquente mérite d’être levée : le nom Euphorbia cerifera, encore largement employé par l’industrie cosmétique (la cire figure sous la dénomination INCI Euphorbia cerifera cera), ne désigne pas une espèce distincte ni un hybride. Il s’agit d’un synonyme hétérotypique de Euphorbia antisyphilitica.
Confusion avec d’autres espèces
Plusieurs plantes sont appelées « candelilla » en espagnol, ce qui entretient une confusion durable. Euphorbia lomelii (anciennement Pedilanthus macrocarpus), du Sonora et de la péninsule de Basse-Californie, porte elle aussi des tiges cireuses dressées, mais ses cyathes zygomorphes en forme de chausson, orange-rouge, sont adaptés à la pollinisation par les colibris ; elle est nettement plus gélive. Euphorbia bracteata (ex-Pedilanthus bracteatus) reçoit localement le même nom vernaculaire et se distingue immédiatement par ses bractées rouges.
Hors du Mexique, la silhouette de tiges effilées évoque Euphorbia tirucalli, l’arbre-crayon d’Afrique et de Madagascar, dont les rameaux sont verts, lisses et sans revêtement cireux, et qui atteint des dimensions arborescentes sous climat tropical. Euphorbia aphylla, des Canaries, présente également des tiges quasi aphylles, mais glabres et vert franc, sans revêtement de cire exfoliante.
Sur le terrain, la combinaison « tiges de crayon gris givré, cire s’écaillant sous l’ongle, cyathes minuscules à appendices blanc rosé » est diagnostique.
Taxonomie
Euphorbia antisyphilitica a été décrite par Joseph Gerhard Zuccarini ; POWO retient comme protologue Flora 15(2, Beibl.) : 58 (1832), certaines références horticoles citant une autre publication de Zuccarini de la même période. Le nom est accepté par POWO, qui recense quatre synonymes : deux homotypiques, Euphorbia antisyphilitica var. typica Miranda (non validement publié) et Tirucalia antisyphilitica (Zucc.) P.V.Heath ; deux hétérotypiques, Euphorbia cerifera Alcocer et Euphorbia occulta Klotzsch.
Sur le plan infragénérique, POWO ne descend pas sous le rang du genre, mais les travaux de phylogénie moléculaire de Yang et collaborateurs (2012), que POWO suit pour l’acceptation du nom, rattachent l’espèce au sous-genre Chamaesyce ; les bases de données taxonomiques la placent dans la section Alectoroctonum, un groupe américain qui rassemble des morphologies très diverses, des herbacées annuelles aux arbustes succulents.
L’épithète antisyphilitica renvoie à l’usage traditionnel du latex mexicain contre les infections sexuellement transmissibles, usage qui n’a jamais reçu de validation clinique. Le nom vernaculaire candelilla évoque la ressemblance des tiges dressées et cireuses avec de petites bougies.
Dans la nature
L’aire de répartition indiquée par POWO s’étend du centre-sud des États-Unis au nord-est et au centre du Mexique : Texas, Nouveau-Mexique, ainsi que les régions Mexique Nord-Est et Mexique Centre. La Flora of North America précise que l’espèce est caractéristique des formations arbustives du désert de Chihuahua, du Chihuahua et du Coahuila jusqu’à l’Hidalgo et au Querétaro, et qu’elle ne pénètre que marginalement aux États-Unis : comtés de Doña Ana et Lincoln au Nouveau-Mexique, comtés de Brewster, Hudspeth, Presidio, Terrell, Starr et Webb au Texas. Le Nouveau-Mexique la classe d’ailleurs S1 à l’échelle de l’État, rang assorti d’une réserve d’incertitude, alors que le rang global reste G5.
L’habitat typique est le matorral désertique sur substrat rocheux, fréquemment calcaire, entre 100 et 1 200 m d’altitude. Le climat y est de type désertique à semi-désertique, avec des précipitations annuelles faibles et erratiques, généralement comprises entre 150 et 500 mm et souvent inférieures à 250 mm, des maximales estivales dépassant 40 °C et des minimales hivernales négatives. La modélisation de la niche de l’espèce confirme d’ailleurs le poids de l’hiver : la variable la plus explicative de sa répartition est la température moyenne du trimestre le plus froid, à elle seule responsable de près de 46 % de la contribution du modèle.
Le cycle annuel est marqué : croissance végétative en été, production de graines en automne à la fin de la saison des pluies, accumulation de cire en hiver. La plante joue localement un rôle de protection du sol contre l’érosion éolienne et l’insolation directe, ce qui explique l’inquiétude suscitée par l’arrachage des touffes.
La conservation de l’espèce est indissociable de son exploitation. La candelilla figure à l’Annexe II de la CITES depuis 1975, au titre de l’inscription du genre Euphorbia ; son commerce international nécessite donc un permis délivré par l’organe de gestion mexicain. Depuis 2010, à la suite de l’adoption de la proposition 25 de la CoP15, l’annotation #4 exempte les produits finis conditionnés et prêts à la vente au détail, ce qui a considérablement allégé les formalités pour l’industrie cosmétique. Au Mexique, la récolte est encadrée par la norme NOM-018-SEMARNAT-1999, qui fixe les procédures d’exploitation de la « hierba de candelilla » ainsi que le transport et le stockage du cerote, la cire brute.
Les travaux d’écologie appliquée nuancent le tableau. À Cuatrociénegas (Coahuila), Martínez-Ballesté et Mandujano (2013) ont montré que la croissance et la fécondité des touffes sont significativement affectées lorsque l’intervalle entre deux récoltes descend sous deux ans, les petits individus étant les plus vulnérables. Un rapport de la CONABIO consacré au Coahuila a par ailleurs constaté que le volume autorisé par la SEMARNAT pour la période 2011-2020 sur les parcelles échantillonnées dépassait le volume de biomasse effectivement estimé sur ces mêmes parcelles, ce qui pose la question de la fiabilité des inventaires servant de base aux autorisations. La réglementation mexicaine impose de ne prélever que des touffes d’au moins 30 cm de haut et 20 cm de diamètre, et de laisser au moins 20 % des tiges en place après chaque récolte.
Enfin, la modélisation de la niche écologique par Vargas-Piedra et collaborateurs (2020) évalue à environ 19,1 millions d’hectares la surface actuellement très favorable à l’espèce en Amérique du Nord, et projette à l’horizon 2069 une contraction de l’ordre de 4,5 millions d’hectares dans le scénario conservateur (RCP 4.5) et de 8,1 millions dans le scénario extrême (RCP 8.5), les populations méridionales étant les plus exposées.
Culture
Euphorbia antisyphilitica est une plante de plein soleil, sans compromis : à l’ombre ou sous une lumière insuffisante, les tiges s’étiolent, s’inclinent et perdent leur revêtement cireux, c’est-à-dire précisément ce qui fait l’intérêt ornemental de l’espèce.
Le substrat doit être très drainant. Un mélange minéral classique pour cactées mexicaines convient parfaitement, du type un tiers de terre franche, un tiers de sable grossier et un tiers de matériau poreux (pouzzolane, pumice). La plante pousse naturellement sur calcaire et tolère donc très bien les substrats et les eaux d’arrosage calcaires, ce qui est loin d’être le cas de toutes les succulentes.
Les arrosages suivent le cycle de végétation : généreux mais espacés pendant la période chaude, en laissant le substrat sécher intégralement entre deux apports, puis très fortement réduits ou suspendus en hiver. L’excès d’eau en période fraîche est la principale cause de perte. La fertilisation n’est pas nécessaire ; un engrais pauvre en azote, très dilué, une ou deux fois par saison suffit largement en pot, un excès provoquant des tiges molles et mal cirées.
En pleine terre, dans les climats méditerranéens ou arides adaptés, l’espèce est utilisée comme plante d’accent, en massif sec, en rocaille ou en bordure étroite, y compris dans des situations à forte chaleur réfléchie. Aux États-Unis, elle est plantée dans des terre-pleins routiers du sud-ouest aride où elle se contente des seules précipitations. En pot, la culture est simple à condition de choisir un contenant plutôt profond, adapté à la souche charnue, et de rempoter rarement. La croissance est lente, ce qui en fait une plante durable et peu exigeante en entretien.
Multiplication
Trois voies sont praticables : le semis, le bouturage de tiges et la division des touffes.
Le semis est possible mais irrégulier, et la disponibilité des graines reste le principal obstacle. Les travaux de Flores-del Angel et collaborateurs (2013) sur des populations du nord-est mexicain montrent une viabilité des semences variant fortement selon les localités, de l’ordre de 28 à 55 %, et un taux de germination maximal de 60 % obtenu par scarification chimique à 28 °C. Des travaux mexicains antérieurs, repris dans cette étude, indiquent par ailleurs que la couleur du tégument est un indicateur utile, les graines brunes germant nettement mieux que les grises ou les blanches. En pratique amateur, on sème au printemps sous abri chaud, on repique les plantules en godets individuels dès qu’elles sont manipulables et on les conserve à l’abri le premier hiver.
Le bouturage est la méthode la plus employée. On prélève des tiges en pleine période de végétation, on les laisse sécher et cicatriser une quinzaine de jours à l’ombre, puis on les plante dans un substrat drainant légèrement graveleux. Les essais de Villa-Castorena et collaborateurs (2010) sur quatre écotypes du Coahuila et du Durango indiquent que les mélanges tourbe-perlite-vermiculite et sable-tourbe donnent les meilleurs taux d’enracinement, et que certains écotypes s’enracinent correctement sans hormone de bouturage.
La division consiste simplement à séparer les touffes en éclats pourvus de racines et à les rempoter, opération à réaliser en début de saison de croissance.
Dans tous les cas, le latex est irritant : gants et outils désinfectés à l’alcool sont indispensables, et il faut proscrire tout contact avec les yeux.
Maladies et ravageurs
Sous son revêtement cireux, l’espèce est remarquablement peu sujette aux attaques dans son milieu d’origine. En culture, les problèmes rencontrés sont ceux, classiques, des succulentes de zones arides.
La pourriture du collet et des racines, consécutive à un excès d’eau ou à un substrat trop retenteur, en particulier en hiver, est de loin le premier facteur de mortalité. Elle se manifeste par un brunissement de la base des tiges et un ramollissement de la souche ; à ce stade, seule la récupération de boutures saines permet de sauver le clone.
Les cochenilles farineuses, y compris les formes racinaires, sont le ravageur le plus courant en serre ou en véranda ; leur détection est rendue difficile par la pruine cireuse, et un examen régulier de la base des tiges s’impose. Les araignées rouges peuvent apparaître en atmosphère chaude et confinée. En extérieur, les pépiniéristes américains signalent une bonne résistance au broutage par les cerfs et les lapins.
Rusticité
C’est le point le plus discuté, et les sources divergent nettement selon qu’elles décrivent un froid sec ou un froid humide.
Les données horticoles nord-américaines sont franchement optimistes. Les pépiniéristes spécialisés du sud-ouest des États-Unis annoncent une tolérance au froid de l’ordre de −12 à −8 °C et classent l’espèce en zones USDA 8 à 11, un distributeur paysager la donnant même à partir de la zone 7a. Ces valeurs sont cohérentes avec le climat d’origine, où les gelées nocturnes hivernales sont banales, et avec un usage paysager courant à Phoenix et Tucson, secteurs qui connaissent épisodiquement des gels sévères. La base Plants For A Future retient de son côté les zones 7 à 10, en précisant que le comportement sous climat britannique n’est pas documenté.
La littérature francophone est beaucoup plus prudente. L’encyclopédie Au Cactus Francophone ne crédite l’espèce que de faibles gelées de courte durée, avec remontée des températures en journée, et recommande de ne pas descendre sous +7 °C. Cet écart n’est pas contradictoire : il oppose une rusticité au froid sec, mesurée dans des sols minéraux et sous un hiver aride, à une exposition au froid humide des hivers océaniques et méditerranéens, où la conjonction de l’eau et du gel détruit les tissus charnus et la souche.
Une observation de première main conduite au Jardin zoologique tropical de La Londe-les-Maures (Var littoral), en climat méditerranéen, permet de trancher entre les deux lectures. Des sujets cultivés en extérieur y ont supporté −6 °C lors de la vague de froid de février 2012, ce qui valide la rusticité au gel annoncée par les sources américaines et invalide le seuil de 7 °C. Des pertes ont pourtant été enregistrées sur plusieurs plantes, non pas lors de froids plus sévères, mais à la suite d’épisodes hivernaux humides. Le facteur limitant n’est donc pas la température minimale, mais l’humidité hivernale, seule ou combinée au gel.
La conclusion pratique est nette : sous climat européen, l’espèce peut être tentée en pleine terre bien au-delà de ce que suggèrent les recommandations les plus prudentes, à condition d’être cultivée à l’abri des pluies hivernales, sur substrat ultra-drainant, de préférence surélevé, et en situation aérée. Un épisode de gel de l’ordre de −6 °C n’est pas rédhibitoire en soi ; c’est la répétition des hivers pluvieux qui finit par emporter les plantes, par pourriture, même en l’absence de froid sévère. Une couverture translucide écartant simplement la pluie, sans chercher à réchauffer, constitue donc la protection la plus utile. En pot, l’hivernage à sec sous abri froid et lumineux reste la solution la plus sûre.
Usages traditionnels
L’épithète spécifique renvoie à l’emploi traditionnel du latex blanc contre la syphilis et d’autres infections vénériennes dans le Mexique ancien, usage aujourd’hui abandonné et sans fondement démontré. La véritable histoire économique de la plante est celle de la cire.
La cire de candelilla n’est pas issue du latex mais du revêtement cuticulaire des tiges. L’extraction traditionnelle, pratiquée depuis 1914 environ, consiste à arracher la plante entière, à la faire bouillir dans de grandes cuves métalliques enterrées, les pailas, avec une solution diluée d’acide sulfurique, puis à écumer la cire brute, le cerote, qui remonte en surface. Le rendement des procédés rustiques est faible, de l’ordre de 2 % du poids de plante traitée, ce qui explique les volumes végétaux considérables mobilisés par cette activité. Depuis les années 2010, des procédés alternatifs à l’acide citrique ont été développés au Mexique, plus sûrs pour les candelilleros et donnant des cires plus claires et plus dures.
Purifiée, la cire fond entre 68,5 et 72,5 °C. Sa composition la distingue de la cire de carnauba par une teneur élevée en hydrocarbures, environ 50 % de n-alcanes en C29-C33 dominés par l’hentriacontane, accompagnés d’esters de haut poids moléculaire (20 à 29 %), d’acides libres (7 à 9 %) et de résines à esters triterpéniques (12 à 14 %). Elle est autorisée comme additif alimentaire sous le numéro E902, en tant qu’agent d’enrobage, et utilisée dans les chewing-gums, les confiseries, les vernis, les encaustiques, les bougies et surtout la cosmétique, où elle est devenue la principale alternative végétale à la cire d’abeille. Les sous-produits de l’extraction, longtemps considérés comme des déchets, font aujourd’hui l’objet de recherches en tant que sources de polyphénols et de fibres.
L’histoire industrielle a été mouvementée : la récolte commerciale s’est développée au début du XXᵉ siècle, avec des pics de demande pendant les deux guerres mondiales, puis un effondrement après 1945 sous l’effet conjugué de l’épuisement des populations et de la concurrence des cires pétrolières, avant un retour de la demande porté par la cosmétique et l’agroalimentaire. Le Mexique reste le seul producteur mondial, l’essentiel du volume provenant du désert de Chihuahua. La production annuelle a dépassé 4 000 tonnes de cire vers 1980, au prix de volumes de plantes arrachées considérables, chiffrés à quelque 200 000 tonnes par les synthèses mexicaines, avant de retomber autour de 1 670 tonnes au début des années 1990 et de se stabiliser à ce niveau. Le commerce reste significatif à l’échelle européenne : l’analyse commerciale de l’UNEP-WCMC relève pour la seule année 2011 des importations de l’Union européenne dépassant 640 tonnes de cire d’origine sauvage.
Pour les communautés rurales des ejidos du Coahuila, du Chihuahua, du Durango, du Nuevo León et du Zacatecas, la candelilla demeure l’un des rares produits forestiers non ligneux monnayables, mais la rémunération des récolteurs reste faible au regard de la valeur ajoutée en aval, ce qui constitue le nœud du problème de durabilité.
FAQ
La cire de candelilla est-elle un produit vegan ? Oui, il s’agit d’une cire strictement végétale, et c’est précisément à ce titre qu’elle est massivement employée comme substitut de la cire d’abeille en cosmétique. La question de sa durabilité écologique, en revanche, reste distincte : la quasi-totalité de la production provient de populations sauvages récoltées par arrachage.
Peut-on acheter et cultiver légalement cette plante en Europe ? Oui. L’inscription à l’Annexe II de la CITES encadre le commerce international, y compris celui des plantes vivantes, mais n’interdit rien : elle impose des documents d’exportation. Les plantes proposées par les pépiniéristes européens sont issues de multiplication, et les produits finis contenant de la cire, conditionnés pour la vente au détail, sont exemptés depuis 2010.
Combien de temps faut-il pour obtenir une belle touffe ? La croissance est lente. Il faut compter plusieurs années pour qu’une bouture forme une touffe dense de tiges dressées, l’aspect givré caractéristique ne s’installant qu’avec l’épaississement progressif de la couche de cire.
Pourquoi mes tiges perdent-elles leur aspect gris et givré ? Presque toujours par manque de lumière, parfois par excès d’azote ou d’humidité atmosphérique. Une exposition en plein soleil et une réduction des apports nutritifs suffisent à restaurer l’aspect au fil des nouvelles pousses ; la cire déjà exfoliée ne se reconstitue pas sur les vieilles tiges.
La plante est-elle dangereuse ? Comme la plupart des euphorbes, elle produit un latex irritant pour la peau et surtout pour les yeux, toxique par ingestion. La littérature horticole signale des réactions de photosensibilisation et déconseille les contacts prolongés et répétés. Gants, lunettes et lavage immédiat en cas de projection sont la règle.
Faut-il tailler la plante ? Aucune taille n’est nécessaire. On peut supprimer à la base les tiges âgées, couchées ou abîmées, en début de saison de végétation ; les fragments prélevés fournissent d’excellentes boutures.
Peut-elle passer l’hiver dehors en climat méditerranéen ? Oui, sous réserve d’écarter la pluie hivernale. Le gel modéré n’est pas le problème : des sujets ont supporté −6 °C. Ce sont les hivers pluvieux qui tuent, par pourriture de la souche. Un substrat très drainant, une plantation surélevée et une couverture translucide pendant la saison des pluies règlent l’essentiel.
Sites de référence
http://www.efloras.org/florataxon.aspx?flora_id=1&taxon_id=250101531 Flora of North America, volume 12, via eFloras. Fournit la description morphologique détaillée reprise dans cet article ainsi que la répartition à l’échelle des comtés américains. Source floristique de premier ordre, rédigée par des spécialistes du genre.
https://pfaf.org/user/Plant.aspx?LatinName=Euphorbia+antisyphilitica Plants For A Future. A servi pour les indications de zone de rusticité, les conditions de sol et les avertissements de toxicité du latex. Base compilatrice, à croiser avec d’autres sources.
Bibliographie
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Flora of North America Editorial Committee (2016). Flora of North America North of Mexico, volume 12. Oxford University Press, New York et Oxford. [Traitement taxonomique et descriptif de référence pour les Euphorbia nord-américaines ; base de la section morphologique de cet article.]
Yang Y., Riina R., Morawetz J. J., Haevermans T., Aubriot X. & Berry P. E. (2012). Molecular phylogenetics and classification of Euphorbia subgenus Chamaesyce (Euphorbiaceae). Taxon 61 : 764-789. [Cadre phylogénétique justifiant le placement de l’espèce dans le sous-genre Chamaesyce, section Alectoroctonum ; suivi par POWO.]
Martínez-Ballesté A. & Mandujano M. C. (2013). The consequences of harvesting on regeneration of a non-timber wax producing species (Euphorbia antisyphilitica Zucc.) of the Chihuahuan Desert. Economic Botany 67 : 121-136. [Étude démographique de terrain à Cuatrociénegas, Coahuila ; établit l’effet des intervalles de récolte inférieurs à deux ans sur la croissance et la fécondité. Référence la plus citée sur l’écologie de l’exploitation.]
Rojas R., Tafolla-Arellano J. C. & Martínez-Ávila G. C. G. (2021). Euphorbia antisyphilitica Zucc. : a source of phytochemicals with potential applications in industry. Plants 10(1) : 8. [Revue en accès libre sur la composition de la cire, des fibres et des composés phénoliques, et sur les pistes de culture agronomique de l’espèce.]
Flores-del Ángel M., Foroughbakhch R., Rocha-Estrada A., Cárdenas-Ávila M., Guzmán-Lucio M., Hernández-Aguilar Y. & Alvarado-Vázquez M. (2013). Morfología, viabilidad y germinación de semillas de candelilla (Euphorbia antisyphilitica Zucc.). Phyton (Buenos Aires) 82 : 161-167. [Seule étude quantitative disponible sur la viabilité des semences et l’effet des scarifications chimique et mécanique sur la germination ; source des taux cités.]
Villa-Castorena M., Catalán-Valencia E. A., Inzunza-Ibarra M. A., González-López M. de L. & Arreola-Ávila J. G. (2010). Producción de plántulas de candelilla (Euphorbia antisyphilitica Zucc.) mediante estacas. Revista Chapingo, Serie Ciencias Forestales y del Ambiente 16(1) : 37-47. [Essais comparatifs de bouturage sur quatre écotypes et quatre substrats, avec ou sans hormone d’enracinement ; base des recommandations de multiplication végétative.]
Vargas-Piedra G., Valdez-Cepeda R. D., López-Santos A., Flores-Hernández A., Hernández-Quiroz N. S. & Martínez-Salvador M. (2020). Current and future potential distribution of the xerophytic shrub candelilla (Euphorbia antisyphilitica) under two climate change scenarios. Forests 11(5) : 530. [Modélisation Maxent de la niche à partir de données GBIF ; source des surfaces d’habitat favorable, des projections 2069 et du poids déterminant des températures hivernales.]
SEMARNAT (1999). Norma Oficial Mexicana NOM-018-SEMARNAT-1999, relative à l’exploitation durable de la hierba de candelilla, au transport et au stockage du cerote. [Texte réglementaire fondateur du cadre national mexicain de récolte, toujours en vigueur.]
CONABIO (2017). Evaluación del estado de conservación y potencial de aprovechamiento sustentable de la candelilla (Euphorbia antisyphilitica), projet RE005. [Rapport d’inventaire de terrain au Coahuila ; met en évidence l’écart entre volumes autorisés et existences réelles sur les parcelles échantillonnées.]
CITES (2009). Document PC18 Inf. 6, revue du marché de la cire de candelilla. [Analyse des flux commerciaux et des difficultés de contrôle des produits finis, à l’origine de la discussion ayant conduit à l’exemption de 2010.]
