Sabal lougheediana

Sabal lougheediana, le palmier de Bonaire (Bonaire palm en anglais), est l’une des espèces les plus récemment décrites et les plus menacées du genre Sabal. Endémique strict de la seule île de Bonaire, dans le sud des Caraïbes, il n’a été reconnu comme espèce distincte qu’en 2019, après avoir longtemps été confondu avec son proche parent Sabal antillensis de Curaçao. Classé « en danger critique », ce palmier réduit à une poignée d’individus sauvages est avant tout un sujet d’intérêt botanique et de conservation, encore quasiment absent des cultures.

Comment reconnaître Sabal lougheediana ?

Sabal lougheediana est un palmier à stipe solitaire et dressé, atteignant environ 7 m de hauteur, au tronc relativement élancé — moins de 40 cm de diamètre —, ce qui le distingue de Sabal antillensis, plus trapu. Le stipe porte des cicatrices foliaires marquées et texturées, bien visibles, caractéristiques de l’espèce.

La couronne est compacte, composée de feuilles costapalmées dont les segments sont uniformément dressés — un trait diagnostique important, alors que ceux de Sabal antillensis sont retombants. Le pétiole est lisse et désarmé, comme dans tout le genre. L’anatomie foliaire, marquée par de fréquents faisceaux de fibres vascularisés dans les segments, fait également partie des caractères ayant permis de séparer l’espèce de ses voisines.

Hybrides connues

Aucun hybride n’est connu pour Sabal lougheediana. Espèce endémique à aire très restreinte et récemment décrite, en danger critique, elle n’a fait l’objet d’aucune obtention horticole. Comme tous les Sabal, elle pourrait en théorie s’hybrider avec ses congénères si elle était cultivée à leur proximité, mais sa présence en collection demeure exceptionnelle.

Confusion

Sabal lougheediana se confond avant tout avec Sabal antillensis, son plus proche parent, auquel les populations de Bonaire furent longtemps rattachées. Plusieurs caractères les séparent : Sabal lougheediana est nettement plus haut (environ 7 m contre 5 m) et plus élancé (stipe de moins de 40 cm de diamètre, contre plus de 40 cm chez Sabal antillensis) ; ses cicatrices foliaires sont plus marquées et texturées ; et ses segments foliaires sont uniformément dressés, là où ceux de Sabal antillensis retombent. Géographiquement, la distinction est nette : Sabal lougheediana n’existe qu’à Bonaire, Sabal antillensis à Curaçao. Le pétiole lisse et désarmé permet enfin de l’écarter immédiatement des palmiers éventails à pétiole armé comme les Washingtonia.

Taxonomie

Sabal lougheediana M.P.Griff. & Coolen a été décrit en 2019 par M. Patrick Griffith, Quirijn Coolen et leurs collaborateurs, dans la revue Phytotaxa. Il appartient à la famille des Arecaceae, sous-famille des Coryphoideae, tribu des Sabaleae. Les palmiers de Bonaire ayant d’abord été rattachés à Sabal antillensis (décrit en 2017 à partir de Curaçao), l’étude de 2019 a montré qu’ils constituaient une espèce distincte, propre à Bonaire. L’épithète honore le Dr Lin Lougheed, auteur, explorateur et mécène de jardins botaniques.

Dans la nature

Sabal lougheediana est endémique de la seule île de Bonaire, dans le sud des Caraïbes. Il y est cantonné à une aire très réduite, dans le sud de l’île (secteur de Lima), à l’ouest de Lac Bay et au nord des salines, sur des dalles calcaires plates à faible altitude, dans une végétation aride et très clairsemée. L’espèce est classée « en danger critique » : on n’en connaît qu’un très petit nombre d’individus adultes à l’état sauvage — de l’ordre de quelques dizaines — et la régénération est compromise par le broutage des jeunes plants par les chèvres et les ânes en liberté sur l’île. Des actions de conservation, notamment la pose de clôtures de protection par l’organisation locale BonBèrdè, visent à préserver les semis et à assurer l’avenir de l’espèce.

Culture

Sabal lougheediana est exceptionnellement rare en culture et les données horticoles le concernant sont quasi inexistantes. Son origine — une île tropicale aride au climat chaud — oriente néanmoins ses exigences : une exposition en plein soleil, un sol parfaitement drainé, de la chaleur et une bonne tolérance à la sécheresse une fois la plante installée. Comme les autres Sabal, il se cultive depuis le semis et n’apprécie guère la transplantation à l’état adulte. En l’état des connaissances, il doit être considéré comme un palmier de climat chaud, réservé aux jardins tropicaux ou subtropicaux et aux collections spécialisées, où il présente l’intérêt supplémentaire de participer à la conservation ex situ d’une espèce gravement menacée.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, comme pour l’ensemble du genre. Les graines sont semées fraîches à la chaleur dans des contenants profonds adaptés à l’enracinement ; elles germent selon le mode de germination « éloignée » propre au genre, la plantule enfonçant d’abord son bourgeon dans le sol. Compte tenu de la rareté de l’espèce et de son statut, la production de semis revêt une dimension conservatoire, la mise en culture contrôlée contribuant à sécuriser un patrimoine génétique très fragile à l’état sauvage.

Maladies et ravageurs

Les problèmes sanitaires propres à Sabal lougheediana ne sont pas documentés, l’espèce étant très peu cultivée. À l’échelle du genre, les Sabal sont globalement peu sensibles : dans le bassin méditerranéen, ils ne figurent pas parmi les hôtes de prédilection du charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) ni du papillon palmivore (Paysandisia archon), qui leur préfèrent largement les palmiers du genre Phoenix. Les difficultés les plus probables relèvent, comme chez les autres Sabal, de problèmes fongiques favorisés par un excès d’humidité, prévenus par un bon drainage. À l’état sauvage, la principale menace n’est pas sanitaire mais tient au broutage des jeunes plants par le bétail divaguant.

Rusticité de Sabal lougheediana

La rusticité de Sabal lougheediana reste très peu documentée, l’espèce n’étant pour ainsi dire pas éprouvée en culture. Son habitat — une île tropicale aride au climat chaud toute l’année — invite à le considérer a priori comme un palmier sensible au froid, à réserver aux climats sans gelées ou quasi sans gelées.

Une première observation de culture, toutefois, apporte un éclairage encourageant : au Jardin Zoologique Tropical de La Londe (Var, France), un sujet cultivé en pot et conservé en extérieur a traversé l’hiver 2025/2026 sans dégât apparent, malgré un minimum de −2 °C. Cet épisode de gel léger et bref, sur un sujet en conteneur — donc aux racines plus exposées qu’en pleine terre —, montre que l’espèce tolère au moins une petite gelée passagère, ce qui laisse penser qu’elle pourrait être un peu moins frileuse que sa stricte origine tropicale ne le suggère. Il s’agit cependant d’une donnée isolée, qui ne saurait à elle seule établir une rusticité fiable : la prudence reste de mise, et l’espèce demeure à réserver aux climats doux et aux abris hors période chaude, en attendant d’autres retours de culture.

Usages

Sabal lougheediana est appelé localement Sabalpalm à Bonaire, les auteurs de sa description ayant par ailleurs proposé le nom de « palmier de Bonaire » pour souligner son endémisme insulaire. Aucun usage traditionnel spécifique n’est documenté pour cette espèce, longtemps restée méconnue. Son importance est aujourd’hui essentiellement scientifique et conservatoire : palmier endémique récemment décrit et en danger critique, il fait l’objet d’efforts de protection sur son île et d’un intérêt croissant des jardins botaniques.

FAQ

D’où vient Sabal lougheediana ? Il est endémique de la seule île de Bonaire, dans le sud des Caraïbes. Il n’a été décrit comme espèce distincte qu’en 2019.

Pourquoi est-il si rare ? On n’en connaît que quelques dizaines d’individus adultes à l’état sauvage, et la régénération est entravée par le broutage des jeunes plants par les chèvres et les ânes. L’espèce est classée « en danger critique ».

Comment le distinguer de Sabal antillensis ? Sabal lougheediana est plus haut (environ 7 m) et plus élancé, à cicatrices foliaires marquées et à segments foliaires dressés ; il ne pousse qu’à Bonaire, tandis que Sabal antillensis est propre à Curaçao.

Quelle est sa rusticité ? Très peu documentée. À considérer comme sensible au froid (zone USDA 9b à 10 environ) ; un sujet en pot a toutefois supporté −2 °C sans dégât apparent au Jardin Zoologique Tropical de La Londe lors de l’hiver 2025/2026.

Peut-on le cultiver ? Très rarement : il est presque absent des cultures et relève surtout des collections spécialisées et de la conservation ex situ.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — référentiel taxonomique, fiche Sabal lougheediana : https://powo.science.kew.org/

International Plant Names Index (IPNI) — nomenclature, Sabal lougheediana M.P.Griff. & Coolen : https://www.ipni.org/n/77202501-1

Phytotaxa — article original de description de Sabal lougheediana (Griffith et al. 2019) : https://doi.org/10.11646/phytotaxa.420.2.1

Species New to Science — présentation et diagnose de Sabal lougheediana : http://novataxa.blogspot.com/

Coldpalm — fiche, statut de conservation et menaces (broutage, clôtures) : https://coldpalm.nl/products/sabal-lougheediana

Bibliographie

Griffith, M. P., Coolen, Q., Barros, M. & Noblick, L. R. (2019). Sabal lougheediana (Arecaceae), a critically endangered, endemic palm species from Bonaire. Phytotaxa 420(2): 95-101. [Publication originale décrivant l’espèce ; morphologie, répartition, habitat et statut de conservation.]

Griffith, M. P., de Freitas, J., Barros, M. & Noblick, L. R. (2017). Sabal antillensis (Arecaceae): a new palmetto species from the Leeward Antilles. Phytotaxa 303(1): 56-64. [Description de l’espèce sœur de Curaçao, à laquelle les palmiers de Bonaire furent d’abord rattachés.]

Zona, S. (1990). A monograph of Sabal (Arecaceae: Coryphoideae). Aliso 12(4): 583-666. [Révision monographique de référence du genre, base de comparaison pour la description de Sabal lougheediana.]