Washingtonia robusta

Washingtonia robusta est le palmier éventail le plus planté au monde, omniprésent sur les promenades littorales, les avenues et les jardins des régions à hiver doux. Appartenant au genre Washingtonia, c’est un géant élancé, à la croissance fulgurante, qui dresse rapidement un stipe fin coiffé d’une couronne de feuilles en éventail. Le jardinier l’apprécie pour sa silhouette spectaculaire, sa vigueur et sa facilité de culture, tout en gardant à l’esprit ses deux limites : une rusticité plus modeste que celle de Washingtonia filifera et une tendance à se ressemer.

Comment reconnaître Washingtonia robusta ?

Washingtonia robusta se distingue d’abord par sa haute taille et la minceur de son stipe. C’est l’un des palmiers cultivés les plus hauts : il dépasse couramment 15 m et peut atteindre 25 m, exceptionnellement davantage. Le stipe, nettement plus grêle que celui de Washingtonia filifera, est souvent renflé à la base puis effilé vers le haut, donnant une silhouette caractéristique en « fuseau » lorsqu’il prend de l’âge.

Le feuillage est composé de feuilles costapalmées d’un vert plus franc et plus lumineux que chez Washingtonia filifera, portées par des pétioles armés d’épines et marqués, à la base, d’une teinte rousse souvent visible. Les filaments inter-segmentaires, présents sur les jeunes feuilles, se raréfient avec l’âge. Le stipe conserve, tant qu’on ne l’élague pas, une jupe de feuilles sèches retombantes, plus vite éliminée dans la nature que chez son cousin. Les inflorescences, longues et arquées, portent de petites fleurs hermaphrodites suivies de drupes noirâtres charnues, plus petites que celles de Washingtonia filifera.

Hybrides connues

Washingtonia robusta se croise aisément avec Washingtonia filifera, donnant l’hybride horticole Washingtonia × filibusta Hodel. Du fait de la culture côte à côte des deux taxons dans les pépinières et les jardins, ces hybrides sont devenus extrêmement fréquents, au point qu’une large proportion des palmiers commercialisés sous l’un ou l’autre nom sont en réalité des intermédiaires. Pour le jardinier des climats frais, cet hybride présente un intérêt : il combine la meilleure tolérance de Washingtonia robusta à l’humidité hivernale et une part de la rusticité de Washingtonia filifera.

Confusion

La confusion porte presque toujours sur Washingtonia filifera. Pour les séparer, on observe le port et le stipe : Washingtonia robusta est plus haut, son stipe est fin et souvent renflé à la base, son feuillage d’un vert vif et la base de ses pétioles fréquemment teintée de roux ; Washingtonia filifera est plus bas, au stipe massif et trapu, au feuillage vert glauque grisâtre et aux filaments plus abondants et persistants. Les sujets hybrides rendent toutefois l’identification d’un individu isolé délicate. De loin, un jeune Washingtonia robusta peut aussi être pris pour d’autres palmiers éventails, mais sa croissance rapide et sa grande taille adulte le trahissent vite.

Taxonomie

Washingtonia robusta H.Wendl. a été décrit en 1883 dans la Garten-Zeitung de Berlin. L’espèce traîne une synonymie abondante, héritée de la confusion taxonomique historique du genre, qui comprend notamment Brahea robusta, Neowashingtonia robusta, Pritchardia robusta, Washingtonia gracilis et Washingtonia sonorae.

Le référentiel Plants of the World Online (POWO) ne reconnaît plus Washingtonia robusta au rang d’espèce : il le traite comme une variété de l’espèce unique du genre, sous le nom Washingtonia filifera var. robusta (H.Wendl.) Parish, aux côtés de Washingtonia filifera var. filifera et de Washingtonia filifera var. sonorae. Ce choix s’appuie sur les travaux de Villanueva-Almanza et collaborateurs (2021), qui ont montré que les populations du genre varient de façon continue le long de la péninsule de Basse-Californie, sans discontinuité nette entre les deux formes. La plupart des autorités horticoles et régionales continuent néanmoins d’employer le nom Washingtonia robusta, que nous conservons ici en raison de son usage universel et des différences réelles de port, de vigueur et de rusticité qu’il recouvre au jardin.

Dans la nature

À l’état sauvage, Washingtonia robusta est strictement mexicain : il occupe l’ouest du Sonora et la Basse-Californie du Sud, le long de la péninsule de Basse-Californie. Il y pousse dans des stations désertiques à semi-désertiques, le plus souvent au voisinage de l’eau — canyons, oueds, sources et points d’eau permanents — au cœur de paysages arides. Son aire naturelle est en réalité assez restreinte, ce qui contraste fortement avec son extraordinaire diffusion en culture.

Hors de son aire d’origine, Washingtonia robusta s’est largement naturalisé dans les régions à hiver doux : sud des États-Unis (Floride, Californie), Hawaï, îles Canaries, Italie, Espagne, île de la Réunion, entre autres. Sa fructification abondante et la dispersion de ses graines par les oiseaux en font, dans plusieurs de ces territoires, une espèce ornementale considérée comme potentiellement envahissante — un point que le jardinier responsable gardera à l’esprit, notamment en climat insulaire ou méditerranéen.

Culture

Vigoureux et accommodant, Washingtonia robusta est l’un des palmiers les plus simples à réussir sous climat doux. Il réclame le plein soleil et un sol bien drainé, mais se montre indifférent à la nature du substrat et tolère aussi bien les terres pauvres que les sols riches, du moment que l’eau ne séjourne pas autour des racines.

Sa croissance est l’une des plus rapides du genre et figure parmi les plus soutenues de tous les palmiers : un sujet bien alimenté peut gagner une hauteur considérable en quelques années, ce qui en fait un palmier d’effet rapide mais aussi un arbre vite imposant, à éloigner des bâtiments et des lignes aériennes. Plus avide d’eau que Washingtonia filifera, Washingtonia robusta apprécie les arrosages réguliers et une atmosphère un peu humide ; il s’accommode mieux que lui des climats subtropicaux à pluies estivales, tout en supportant la sécheresse une fois installé. Une fertilisation pendant la saison de végétation accentue encore sa vigueur.

En bac, il convient quelques années aux jeunes sujets, dans un contenant profond, un mélange drainant et avec des arrosages suivis ; sa croissance le rend toutefois rapidement encombrant, et la pleine terre s’impose dès que le climat l’autorise. L’entretien se borne au retrait des feuilles totalement desséchées. Comme pour tous les Washingtonia, l’élagage drastique dit « en plumeau » est à proscrire : il fragilise le palmier et favorise l’installation des ravageurs.

Multiplication

Le semis est le seul mode de multiplication de Washingtonia robusta, qui ne produit ni rejet ni drageon. Les graines, nettoyées de leur pulpe et semées fraîches, lèvent vite et facilement à la chaleur, autour de 25 à 30 °C, généralement en quelques semaines ; aucun traitement préalable n’est nécessaire. La germination est si aisée que l’espèce se ressème spontanément au pied des sujets adultes, d’où sa propension à la naturalisation. Le jardinier soucieux de fidélité à l’espèce veillera toutefois à l’origine des graines : à proximité d’un Washingtonia filifera, la descendance sera très probablement hybride.

Maladies et ravageurs

Comme l’ensemble du genre Washingtonia, Washingtonia robusta est réputé nettement moins sensible au charançon rouge du palmier (Rhynchophorus ferrugineus) et au papillon palmivore (Paysandisia archon) que les palmiers du genre Phoenix, et en particulier que le palmier des Canaries (Phoenix canariensis), hôte de prédilection de ces ravageurs.

Il faut noter que les études ayant démontré une véritable résistance — par antixénose et antibiose — ont porté sur Washingtonia filifera (Dembilio, Jacas et Llácer, 2009 ; Cangelosi et collaborateurs, 2016). La résistance propre à Washingtonia robusta est moins formellement établie, et le genre n’est en aucun cas indemne : des attaques restent possibles et justifient une surveillance, d’autant que les symptômes des deux ravageurs se ressemblent. On distingue généralement les perforations en arc de cercle laissées par Paysandisia archon de la découpe en « > » du charançon rouge. Par ailleurs, Washingtonia robusta est exposé, en sol mal drainé ou par froid humide, aux pourritures du cœur, ainsi qu’aux carences en potassium et en magnésium qui se traduisent par des décolorations foliaires.

Rusticité

La rusticité est le principal facteur limitant de Washingtonia robusta, sensiblement plus gélif que Washingtonia filifera. Les estimations courantes le donnent résistant jusqu’à environ −6 à −6,5 °C, les dégâts foliaires apparaissant déjà quelques degrés au-dessus du seuil de survie. On le réserve pour une culture sur le long terme en pleine terre aux zones USDA 9b et au-delà.

Comme pour tout le genre, le contexte compte autant que le chiffre brut : la tolérance s’améliore en conditions sèches et se dégrade sous un froid humide et prolongé. Washingtonia robusta supporte cependant mieux l’humidité hivernale que Washingtonia filifera, ce qui le rend paradoxalement plus adapté à certains climats océaniques doux, à condition que les gelées y restent faibles. Les retours du forum Hardy Tropicals UK, en climat océanique, indiquent que les sujets sont en danger dès que la température descend sous environ −5 °C et que des épisodes plus sévères, vers −7 °C, les détruisent ; une protection hivernale y est donc indispensable, même pour des sujets adultes.

La rusticité progresse avec l’âge et le diamètre du stipe : un jeune plant est bien plus vulnérable qu’un sujet établi dont le cœur est protégé. La durée du gel est déterminante, un froid bref étant mieux encaissé qu’un gel installé. En pratique, pour le jardinier de climat limite : planter au printemps, choisir l’emplacement le plus chaud et abrité, drainer parfaitement, protéger les jeunes sujets — ou préférer Washingtonia filifera ou l’hybride Washingtonia × filibusta, plus sûrs.

Usages traditionnels

L’usage de Washingtonia robusta est aujourd’hui presque exclusivement ornemental et paysager : c’est l’un des palmiers les plus utilisés au monde pour l’aménagement des villes, des fronts de mer et des jardins des régions chaudes et tempérées douces, où sa croissance rapide et son port élancé produisent un effet immédiat. Dans son aire d’origine, ses fruits charnus, au goût rappelant la datte mais de petite taille, étaient consommés par les populations locales, à l’instar de ceux des autres Washingtonia. Sa diffusion mondiale comme arbre d’ornement a toutefois largement éclipsé ces usages alimentaires traditionnels.

FAQ

Quelle différence entre Washingtonia robusta et Washingtonia filifera ? Washingtonia robusta est plus haut, au stipe fin et souvent renflé à la base, au feuillage vert vif, et pousse très vite, mais il est plus sensible au froid. Washingtonia filifera est plus bas et trapu, vert glauque, un peu moins rapide, mais plus rustique.

Jusqu’à quel froid Washingtonia robusta résiste-t-il ? Environ −6 à −6,5 °C pour un sujet établi, avec des dégâts foliaires apparaissant plus tôt. Zone USDA 9a en général. En climat froid, lui préférer Washingtonia filifera ou l’hybride Washingtonia × filibusta.

À quelle vitesse pousse-t-il ? Très vite : c’est l’un des palmiers à la croissance la plus rapide, surtout avec des arrosages et une fertilisation réguliers. Il devient vite un grand sujet, à planter à distance des constructions.

Quel sol et quel arrosage ? Un sol bien drainé et le plein soleil. Plus avide d’eau que Washingtonia filifera, il apprécie les arrosages réguliers, mais ne tolère pas l’eau stagnante.

Est-il envahissant ? Il peut le devenir : il se ressème abondamment et est considéré comme potentiellement envahissant dans plusieurs régions à hiver doux, notamment insulaires et méditerranéennes.

Mon palmier est-il un vrai Washingtonia robusta ? Pas toujours : les hybrides avec Washingtonia filifera sont très courants. Un stipe très fin, un vert lumineux et une grande vigueur évoquent Washingtonia robusta, mais seul l’ensemble des caractères permet de trancher, et encore imparfaitement.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté Washingtonia filifera var. robusta : https://powo.science.kew.org/

International Plant Names Index (IPNI) — nomenclature, Washingtonia robusta H.Wendl. : https://www.ipni.org/

Global Biodiversity Information Facility (GBIF) — données d’occurrence et répartition : https://www.gbif.org/species/5294595

iNaturalist — observations et photographies de Washingtonia robusta : https://www.inaturalist.org/taxa/

Palmpedia (Palm Grower’s Guide) — fiche horticole et rusticité : https://palmpedia.net/wiki/Washingtonia_robusta

PalmTalk (International Palm Society) — forum, retours d’expérience sur la rusticité : https://www.palmtalk.org

Hardy Tropicals UK — forum, comportement en climat océanique humide : https://www.hardytropicals.co.uk

Bibliographie

Dembilio, Ó., Jacas, J. A. & Llácer, E. (2009). Are the palms Washingtonia filifera and Chamaerops humilis suitable hosts for the red palm weevil, Rhynchophorus ferrugineus (Col. Curculionidae)? Journal of Applied Entomology 133(7): 565-567. [Établit la résistance de Washingtonia filifera au charançon rouge ; éclaire, par extension, la réputation de résistance du genre.]

Meyer, J.-Y., Lavergne, C. & Hodel, D. R. (2008). Time bombs in gardens: invasive ornamental palms in tropical islands, with emphasis on French Polynesia (Pacific Ocean) and the Mascarenes (Indian Ocean). Palms 52: 23-35. [Analyse le caractère envahissant des palmiers ornementaux, dont Washingtonia robusta, en milieu insulaire.]

Villanueva-Almanza, L., Landis, J. B., Koenig, D. & Ezcurra, E. (2021). Genetic and morphological differentiation in Washingtonia (Arecaceae): solving a century-old palm mystery. Botanical Journal of the Linnean Society 196(4): 506-523. [Étude génétique et morphométrique fondant le rattachement de Washingtonia robusta à Washingtonia filifera comme variété, adopté par POWO.]