Zamia prasina est une cycadale d’Amérique centrale du genre Zamia, largement répartie sur la péninsule du Yucatán et ses marges, du sud-est du Mexique au Guatemala et au Belize. Son nom, du latin prasinus (« vert poireau »), évoque le vert gazon vif de ses folioles. C’est l’une des Zamia les plus polymorphes : son ancien nom, Zamia polymorpha, soulignait la grande variabilité de son feuillage. Espèce au passé nomenclatural particulièrement embrouillé, elle a longtemps été confondue à la fois avec Zamia loddigesii et avec la cycadale des dolines du Belize aujourd’hui décrite sous le nom de Zamia decumbens. Elle appartient au sous-clade « Furfuracea », aux côtés notamment de Zamia furfuracea.
Comment reconnaître Zamia prasina ?
Zamia prasina possède une tige souterraine et un feuillage d’un vert gazon caractéristique. Son trait le plus déroutant est sa très grande variabilité, à l’origine de son ancien nom : selon l’exposition, le même taxon présente des feuilles courtes et étroites à folioles lancéolées en plein soleil, des feuilles plus longues et plus larges à folioles elliptiques à suboblancéolées à l’ombre dense, et toutes les formes intermédiaires en conditions moyennes. Cette plasticité morphologique liée à l’ensoleillement explique la diversité d’aspect d’un pied à l’autre.
Les folioles sont coriaces, sans la pubescence farineuse ni la forme obovale caractéristiques de Zamia furfuracea, ce qui aide à les distinguer. L’espèce est dioïque ; le cône femelle est ovoïde, fauve à brun, terminé par une pointe stérile aiguë et progressive. Le caryotype est remarquablement variable d’une population à l’autre (2n = 17, puis 22 à 28 selon les individus), caractère devenu l’une des signatures de l’espèce.
Hybrides connus
Aucun hybride formellement nommé ni cultivar n’est documenté pour Zamia prasina. La diversité d’aspect observée relève de la variabilité intraspécifique et de la plasticité phénotypique, non d’une hybridation.
Confusion
Zamia prasina est l’une des Zamia les plus sujettes à confusion, et son histoire est jalonnée de méprises.
Elle a d’abord été longtemps tenue pour une simple forme de Zamia loddigesii, à caryotype variable, dont elle se distingue par sa cytologie (Zamia loddigesii présente un nombre chromosomique fixe de 2n = 18), ainsi que par des différences morphologiques, géographiques et climatiques.
Le nom Zamia prasina a par ailleurs été appliqué à tort, dans l’horticulture et dans la littérature, à une cycadale des dolines des montagnes mayas du Belize ; cette dernière a depuis été reconnue comme une espèce distincte et décrite sous le nom de Zamia decumbens. À l’inverse, l’espèce qui était connue sous le nom de Zamia polymorpha s’est révélée correspondre au véritable Zamia prasina, ce dernier nom, plus ancien, ayant la priorité.
Enfin, Zamia prasina peut rappeler Zamia furfuracea par la texture de ses folioles, mais elle en diffère par l’absence de l’indument farineux et des folioles obovales propres à cette dernière. Toutes deux appartiennent au sous-clade « Furfuracea », qui réunit aussi Zamia loddigesii, Zamia spartea, Zamia variegata, Zamia paucijuga et Zamia herrerae.
Taxonomie
Zamia prasina a été décrite en 1881 par le pépiniériste britannique William Bull, dans l’un de ses catalogues commerciaux (Retail List n° 176, page 20), support inhabituel mais valide de publication du nom.
Son histoire nomenclaturale a ensuite été démêlée en deux temps. En 1998, Dennis W. Stevenson, A. Moretti et Mario Vázquez-Torres décrivaient sous le nom de Zamia polymorpha une espèce de la péninsule du Yucatán et du Belize, jusque-là confondue avec Zamia loddigesii, en insistant sur son caryotype très variable et son fort polymorphisme foliaire. Puis, en 2009, Michael Calonje et J. Meerman, dans une étude intitulée « What is Zamia prasina? », ont établi que le nom Zamia prasina de Bull, antérieur, désignait en réalité cette même espèce et avait donc la priorité sur Zamia polymorpha ; ils en ont désigné le lectotype. C’est à cette occasion que la cycadale des dolines du Belize, longtemps appelée à tort Zamia prasina, a été distinguée comme espèce propre, Zamia decumbens.
Le caryotype de l’espèce est exceptionnellement variable, avec des nombres chromosomiques diploïdes rapportés de 2n = 17 et de 2n = 22 à 28 selon les populations. Sur le plan phylogénétique, Zamia prasina se rattache au sous-clade « Furfuracea », groupe largement distribué du Mexique au Honduras. Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie.
Dans la nature
Zamia prasina, dans sa circonscription actuelle, est largement répartie sur la péninsule du Yucatán et ses abords : au Mexique (Campeche, Chiapas, Tabasco, Quintana Roo, Yucatán), au Guatemala (Petén) et au Belize. Elle croît dans les forêts tropicales comme en savane, sur les sols calcaires de basse altitude qui caractérisent la région, ce qui explique en partie sa plasticité. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.
La situation de conservation de l’espèce doit être lue à la lumière de son histoire nomenclaturale. Il existe une évaluation sur la liste rouge mondiale de l’UICN au nom de Zamia prasina (D. W. Stevenson, 2010), qui la classe en danger critique d’extinction ; mais cette évaluation est antérieure à la clarification taxonomique et reflète l’époque où le nom était confondu avec la cycadale des dolines du Belize, aujourd’hui traitée comme Zamia decumbens, qui est l’entité réellement très localisée et menacée. Pour l’espèce telle qu’elle est aujourd’hui circonscrite, c’est-à-dire l’ancienne Zamia polymorpha, largement répartie, ce statut doit donc être interprété avec prudence. Comme l’ensemble des cycadales, Zamia prasina est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Culture
Zamia prasina est présente dans le commerce horticole, où elle est réputée pousser lentement. Sa large amplitude écologique naturelle, de la savane ensoleillée au sous-bois ombragé, en fait une espèce relativement accommodante pour qui peut lui offrir de la chaleur.
Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat chaud, sans gelée. L’espèce tolère des expositions variées, du plein soleil à l’ombre légère, ce qui se traduit par des feuilles plus courtes et trapues au soleil et plus amples à l’ombre. Elle demande un sol bien drainé, idéalement à composante calcaire conforme à son habitat, et n’apprécie pas l’humidité stagnante au niveau du collet.
Culture en pot. Hors des régions chaudes, la culture en pot sous serre ou véranda est la règle. On privilégiera un substrat drainant, des arrosages réguliers en saison de croissance, de la chaleur et une bonne luminosité. La croissance étant lente, la plante se prête bien à la culture en contenant sur plusieurs années.
Multiplication
La multiplication se fait par semis. Zamia prasina étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud et humide ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. Sa présence de longue date en culture en fait l’une des Zamia mésoaméricaines les plus accessibles.
Maladies et ravageurs
En culture, Zamia prasina est exposée, comme les autres cycadales, aux cochenilles et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable en collection et sous serre. Le second risque est la pourriture de la tige souterraine et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu trop frais. Une atmosphère chaude et aérée, associée à un arrosage mesuré, limite ces problèmes.
Rusticité
Zamia prasina n’est pas rustique. Espèce tropicale de basse altitude, elle ne tolère pas le gel. Sous son ancien nom de Zamia polymorpha, elle a toutefois la réputation, chez les amateurs, de figurer parmi les Zamia cultivables en extérieur sous climat méditerranéen doux et quasiment sans gelée, comme sur le littoral du sud de la Californie (Geoff Stein, Dave’s Garden) ; il s’agit d’une tolérance au frais, et non au gel. En l’absence de données chiffrées fiables, on se gardera d’avancer un seuil de température précis. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide stagnante est particulièrement dommageable. Hors climat doux et sans gel, sa culture relève de la serre ou de la véranda chaude, lumineuse et humide.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre à Zamia prasina n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible. Si plusieurs cycadales ont historiquement fourni un amidon de disette après une détoxification laborieuse, aucun emploi de ce type n’est rapporté de manière spécifique et vérifiable pour cette espèce.
Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia prasina contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
FAQ
Est-ce un palmier ? Non. Malgré son feuillage, Zamia prasina est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.
D’où vient-elle ? Elle est largement répartie sur la péninsule du Yucatán et ses abords : sud-est du Mexique, Guatemala (Petén) et Belize.
Pourquoi ce nom ? Prasina vient du latin prasinus, « vert poireau », en référence au vert gazon vif de ses folioles.
Quel rapport avec Zamia polymorpha ? C’est la même espèce : Zamia polymorpha est aujourd’hui un synonyme de Zamia prasina, ce dernier nom, plus ancien, ayant la priorité.
Quel rapport avec Zamia decumbens ? Le nom Zamia prasina a longtemps été appliqué à tort à la cycadale des dolines du Belize, désormais reconnue comme une espèce distincte sous le nom de Zamia decumbens.
Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:297357-1
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/297357-1
World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/539
UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées (évaluation au nom de Zamia prasina, à interpréter au regard de l’historique nomenclatural) : https://www.iucnredlist.org/species/42116/10652583
Dave’s Garden — article de Geoff Stein sur les Zamia, citant l’espèce (sous le nom Zamia polymorpha) parmi les choix possibles en climat méditerranéen doux : https://davesgarden.com/guides/articles/view/2422
Bibliographie
Bull, W. (1881). [Description originale de Zamia prasina.] Retail List n° 176 : 20. [Catalogue commercial de l’établissement Bull ; support de publication valide du nom.]
Stevenson, D.W., Moretti, A. & Vázquez-Torres, M. (1998). [Description de Zamia polymorpha.] Delpinoa 37-38 : 3-8. [Espèce désormais synonyme de Zamia prasina ; caryotype variable et polymorphisme foliaire.]
Calonje, M. & Meerman, J. (2009). What is Zamia prasina (Zamiaceae: Cycadales)? Journal of the Botanical Research Institute of Texas 3(1) : 43-49. [Clarification nomenclaturale ; lectotypification ; priorité de Zamia prasina sur Zamia polymorpha.]
Calonje, M., Meerman, J.C., Griffith, M.P. & Hoese, G. (2009). [Description de Zamia decumbens, espèce du Belize longtemps confondue avec Zamia prasina.] Journal of the Botanical Research Institute of Texas 3(1) : 31-44.
Calonje, M., Meerow, A.W., Griffith, M.P., Salas-Leiva, D., Vovides, A.P., Coiro, M. & Francisco-Ortega, J. (2019). A time-calibrated species tree phylogeny of the New World cycad genus Zamia L. (Zamiaceae, Cycadales). International Journal of Plant Sciences 180(4) : 286-314. [Cadre phylogénétique ; sous-clade « Furfuracea ».]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète prasina.]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]
