Zamia soconuscensis est une cycadale mexicaine appartenant au genre Zamia, endémique de la Sierra de Soconusco, dans le sud-ouest du Chiapas. À la différence des nombreuses Zamia sud-américaines à tige souterraine, c’est une espèce caulescente, à tronc aérien robuste qui se ramifie avec l’âge, portant une grande couronne de feuilles à folioles étroites et nombreuses. Plante de forêt humide d’altitude moyenne, elle se distingue aussi par ses graines à sarcotesta saumon à maturité. Décrite en 1988, recherchée des collectionneurs pour son port imposant, elle ne compte plus qu’environ cinq mille individus dans la nature et figure parmi les cycadales menacées par la réduction de son habitat.
Comment reconnaître Zamia soconuscensis ?
Zamia soconuscensis développe une tige aérienne, dressée à décombante, qui se ramifie de façon dichotome avec l’âge ; elle mesure 30 à 65 cm de long pour 10 à 31,5 cm de diamètre. Les cataphylles, persistantes, sont couvertes d’un tomentum brun rougeâtre. La couronne porte 3 à 15 feuilles, voire davantage, grandes, longues de 120 à 190 cm pour 45 à 62 cm de large, brunes à l’émergence puis vertes à maturité.
Le pétiole, long de 38 à 72 cm, est armé d’aiguillons atteignant 5 mm, et le rachis, jusqu’à 84 cm, en porte quelques-uns sur son tiers proximal. Chaque feuille compte 41 à 52 paires de folioles sessiles, coriaces, linéaires-lancéolées, légèrement falciformes, à apex aigu et à marge entière, légèrement révolutée. Ce feuillage dense, à folioles nombreuses, étroites et non dentées, est caractéristique de l’espèce.
L’espèce est dioïque. Les pieds mâles portent 1 à 3 cônes polliniques cylindriques à coniques, longs de 9 à 15 cm pour 1,2 à 2,4 cm de diamètre, couverts d’un tomentum brun foncé et terminés en pointe. Le cône femelle, généralement solitaire, est cylindrique, long de 12 à 15 cm pour 6,1 à 7,3 cm de diamètre, brun foncé à rougeâtre. Les graines, ovoïdes à anguleuses (2,1 à 2,6 cm de long), portent une sarcotesta blanche à l’état immature, virant au rose saumon à maturité.
Hybrides connus
Aucun hybride naturel ni horticole n’est documenté pour Zamia soconuscensis. Son isolement géographique dans la Sierra de Soconusco la sépare des autres Zamia mexicaines, ce qui limite les possibilités d’hybridation spontanée.
Confusion
Lors de sa description, Zamia soconuscensis a été rapprochée de Zamia inermis, espèce mexicaine de l’État de Veracruz. Elle s’en distingue toutefois par son pétiole armé d’aiguillons (le nom inermis signifiant précisément « sans armes ») et par son tronc aérien plus robuste et ramifié. Sur le terrain, la combinaison d’un tronc dressé et ramifié, de feuilles très grandes à 41-52 paires de folioles étroites et à marge entière, et de graines à sarcotesta saumon permet d’identifier l’espèce sans grande ambiguïté. Son aire, restreinte à la Sierra de Soconusco, l’isole par ailleurs des autres cycadales du Chiapas.
Taxonomie
Zamia soconuscensis a été décrite en 1988 par Bart Schutzman, Andrew P. Vovides et Bijan Dehgan, dans la revue Botanical Gazette (volume 149, fascicule 3, pages 347-351), au sein d’un article décrivant deux nouvelles espèces du sud du Mexique, aux côtés de Zamia cremnophila. L’holotype est conservé au Field Museum de Chicago (F). L’épithète soconuscensis renvoie à son aire d’endémisme, la Sierra de Soconusco, dans le sud-ouest du Chiapas. L’espèce présente un nombre chromosomique de 2n = 16.
Les auteurs de la description la considéraient comme proche de Zamia inermis. Les analyses phylogénétiques plus récentes du genre la rattachent à une lignée distincte parmi les Zamia d’Amérique moyenne (« Mega-Mexico »). Le genre Zamia, le plus diversifié des cycadales avec environ 80 espèces néotropicales, est le plus largement réparti du Nouveau Monde, de la Floride à la Bolivie.
Dans la nature
Zamia soconuscensis est endémique de l’État du Chiapas, au Mexique, où elle se cantonne à la Sierra de Soconusco, sur le versant pacifique de la Sierra Madre du Chiapas, entre 900 et 1 400 m d’altitude. Elle croît en forêt humide d’altitude moyenne, dans une région au climat chaud et arrosé, en grande partie vouée à la culture du café. Comme toutes les Zamiaceae, elle développe des racines coralloïdes hébergeant des cyanobactéries fixatrices d’azote.
Sur le plan de la conservation, les sources divergent légèrement. La liste rouge mondiale de l’UICN classe l’espèce comme vulnérable (évaluation de 2010, par Vovides & Chemnick), avec une population estimée à environ cinq mille individus ; la World List of Cycads la considère pour sa part comme en danger (critère B1ab(iii,v)), reflétant la poursuite du déclin de son habitat. L’espèce figure par ailleurs sur la liste EDGE des gymnospermes, qui met en avant les taxons à la fois menacés et évolutivement originaux. La principale menace est la conversion de la forêt en terres agricoles, notamment caféières. Comme l’ensemble des cycadales, Zamia soconuscensis est inscrite à l’Annexe II de la CITES.
Culture
Zamia soconuscensis est cultivée dans les collections spécialisées de cycadales, où son tronc imposant et son ample feuillage en font une plante de choix. Sa croissance est lente.
Culture en pleine terre. La culture extérieure permanente n’est envisageable que sous climat tropical à subtropical sans gelée. Son origine d’altitude moyenne (900 à 1 400 m), en forêt humide, lui confère une préférence pour des conditions chaudes mais non brûlantes, avec une hygrométrie soutenue ; elle se conduit à la lumière vive ou à la mi-ombre, sur un sol riche mais parfaitement drainant.
Culture en pot. On privilégiera un substrat drainant retenant un peu d’humidité, des arrosages réguliers durant la saison chaude et une atmosphère humide. La chaleur et l’humidité ambiante favorisent l’émission de feuilles amples ; en revanche, un substrat détrempé en période fraîche expose le tronc à la pourriture. Compte tenu de la taille adulte de l’espèce, un contenant volumineux est nécessaire à terme.
Multiplication
La multiplication se fait avant tout par semis. Zamia soconuscensis étant dioïque, l’obtention de graines suppose la présence de pieds mâles et femelles et, en culture, une pollinisation manuelle. Les graines se nettoient de leur sarcotesta charnue avant d’être semées sur un substrat drainant maintenu chaud ; comme chez toutes les cycadales, la germination est lente. À la différence des Zamia à tige souterraine, le tronc de cette espèce se ramifie avec l’âge, ce qui peut occasionnellement permettre le prélèvement et l’enracinement de rejets latéraux.
Maladies et ravageurs
En culture, Zamia soconuscensis est exposée aux cochenilles, et tout particulièrement à la cochenille asiatique des cycas (Aulacaspis yasumatsui), ravageur redoutable des cycadales en collection et sous serre, qu’il convient de surveiller étroitement. Le second risque est la pourriture du tronc et des racines, favorisée par un substrat trop humide, mal drainé ou maintenu froid. Un substrat aéré, des arrosages mesurés et une bonne circulation de l’air constituent la meilleure prévention.
Rusticité
Zamia soconuscensis est une espèce tropicale d’altitude moyenne, sans tolérance documentée au gel. Aucune donnée précise de rusticité au froid n’est disponible pour cette plante dans la littérature horticole ou sur les forums spécialisés. Son habitat montagnard, entre 900 et 1 400 m, laisse supposer qu’elle supporte des conditions plus fraîches que les Zamia de plaine tropicale, sans pour autant tolérer la gelée ; en l’absence de retour de culture chiffré, on se gardera d’avancer un seuil de température. Comme pour les autres cycadales, l’humidité froide est plus dommageable que le froid sec. Hors climat doux et sans gel, la culture relève de la serre tempérée chaude ou de la véranda lumineuse.
Usages traditionnels
Aucun usage traditionnel propre à Zamia soconuscensis n’est documenté de façon fiable dans la littérature accessible. On évitera de lui prêter les emplois rapportés pour d’autres cycadales mexicaines, faute de source la concernant directement.
Une mise en garde s’impose en tout état de cause : comme toutes les cycadales, Zamia soconuscensis contient de la cycasine et des composés apparentés, hautement toxiques pour l’humain comme pour les animaux. La plante doit être tenue hors de portée des enfants et des animaux domestiques.
FAQ
Est-ce un palmier ? Non. Malgré son tronc et son allure, Zamia soconuscensis est une cycadale (Zamiaceae), gymnosperme se reproduisant par cônes, sans lien de parenté étroit avec les palmiers.
D’où vient-elle ? Elle est endémique de la Sierra de Soconusco, dans le sud-ouest de l’État du Chiapas, au Mexique, entre 900 et 1 400 m d’altitude.
Pourquoi ses graines sont-elles roses ? Leur sarcotesta charnue est blanche à l’état immature et vire au rose saumon à maturité, teinte plus inhabituelle que le rouge vif de beaucoup de Zamia.
Est-elle rustique ? Sans donnée fiable. C’est une espèce tropicale d’altitude moyenne sans tolérance au gel documentée, à cultiver à l’abri du gel.
Est-elle toxique ? Oui. Toutes ses parties contiennent de la cycasine, toxique pour l’humain et les animaux.
Sites de référence
Plants of the World Online (POWO) — base taxonomique des Jardins botaniques royaux de Kew : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:287153-2
International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/287153-2
World Flora Online (WFO) — fiche taxonomique et description : https://www.worldfloraonline.org/taxon/wfo-0000429683
World List of Cycads (WLoC) — liste mondiale de référence des cycadales : https://cycadlist.org/scientific_name/553
UICN — liste rouge mondiale des espèces menacées : https://www.iucnredlist.org/species/42156/10669906
Bibliographie
Schutzman, B., Vovides, A.P. & Dehgan, B. (1988). Two new species of Zamia (Zamiaceae, Cycadales) from southern Mexico. Botanical Gazette 149(3) : 347-351. [Protologue de Zamia soconuscensis ; description, type, nombre chromosomique, affinité supposée avec Zamia inermis.]
Nicolalde-Morejón, F., Vovides, A.P. & Stevenson, D.W. (2009). Taxonomic revision of Zamia in Mega-Mexico. Brittonia 61(4) : 301-335. [Révision taxonomique des Zamia d’Amérique moyenne, incluant Zamia soconuscensis.]
Vovides, A. & Chemnick, J. (2010). Zamia soconuscensis. The IUCN Red List of Threatened Species 2010 : e.T42156A10669906. [Évaluation Vulnérable ; effectifs et menaces.]
Haynes, J.L. (2022). Etymological compendium of cycad names. Phytotaxa 550(1) : 1-31. [Origine de l’épithète soconuscensis, en référence à la Sierra de Soconusco.]
Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of Cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique et répartition par pays.]
