Cycas hongheensis

Cycas hongheensis appartient au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels. C’est une espèce endémique du sud-est du Yunnan, en Chine, propre à la région du fleuve Rouge (Honghe), dont elle tire son nom. Elle occupe une place singulière parmi les cycas chinois : c’est le seul représentant de la section Indosinenses endémique de Chine, alors que la plupart des autres cycas du Yunnan relèvent de la section Stangerioides. Longtemps connue de son seul appareil végétatif, l’espèce n’a vu ses organes reproducteurs décrits qu’en 2016. Elle est aujourd’hui au bord de l’extinction.

Comment reconnaître Cycas hongheensis ?

C’est l’un des plus grands cycas de Chine. Le tronc est cylindrique, parfois ramifié, et peut atteindre, selon la Flore de Chine, jusqu’à 8 m de hauteur pour 60 cm de diamètre ; son apex n’est pas tomenteux et son écorce, grise, est lisse vers la base et marquée de fines fissures longitudinales. Ce tronc lisse est l’un des caractères qui distinguent l’espèce au sein de la section Indosinenses.

Les cataphylles (feuilles écailleuses protégeant l’apex) sont lancéolées, longues de 3 à 5 cm sur 1 à 1,5 cm, densément couvertes d’un tomentum brun pâle sur la face supérieure, à pointe acuminée et piquante. Les feuilles, pennées, sont nettement carénées et conservent un indument (caractère qui a justifié le rattachement de l’espèce à une sous-section distincte) ; comme chez tous les cycas, les folioles portent une nervure médiane unique et bien marquée.

L’espèce est dioïque. Ses organes reproducteurs, restés longtemps inconnus, présentent une combinaison de caractères singulière au sein de la section : les mégasporophylles femelles sont tomenteuses, à lame arrondie munie d’une épine apicale distincte et de marges pectinées, et portent des ovules glabres ; les microsporophylles mâles ont au contraire une épine apicale molle et rudimentaire ; le tégument charnu des graines (sarcotesta) est dépourvu de couche fibreuse. Cette mosaïque de caractères correspond au conflit observé entre les données moléculaires chloroplastiques et nucléaires (voir plus bas).

Hybrides connus

Aucun hybride horticole nommé n’est attesté pour Cycas hongheensis. En revanche, dans la région du fleuve Rouge, plusieurs espèces de Cycas aux aires se chevauchant coexistent, ce qui a pu offrir des occasions de flux de gènes ou d’hybridation naturelle et brouiller les limites morphologiques entre espèces de la région. C’est l’une des difficultés de la taxonomie des cycas du Honghe.

Confusion avec d’autres espèces

La parenté la plus étroite est avec Cycas pectinata, l’espèce type de la section Indosinenses : Cycas hongheensis a d’ailleurs été traité par certains auteurs comme une simple forme de Cycas pectinata (Cycas pectinata f. hongheensis). Il s’en distingue notamment par son tronc lisse et par la combinaison de caractères de ses mégasporophylles.

Il ne faut pas le confondre avec les autres cycas de la région du fleuve Rouge, qui appartiennent à une autre section : Cycas diannanensis (et ses proches) relèvent de la section Stangerioides, reconnaissable à des ovules glabres, des sporophylles mâles molles et des graines jaunes, et présentent un port généralement plus modeste, souvent acaule ou à tronc court, sans commune mesure avec le grand tronc de Cycas hongheensis.

Taxonomie

Cycas hongheensis a été proposé comme taxon distinct en 1994, puis validement publié en 1996 par S. Y. Yang et S. L. Yang (le nom étant validé dans l’ouvrage Cycads in China, dirigé par F. X. Wang et H. B. Liang, page 62) ; on rencontre aussi la forme d’autorité « S.Y.Yang & S.L.Yang ex D.Yue Wang ». L’identifiant nomenclatural IPNI est 993111-1. L’holotype provenait d’une plante cultivée à l’Institut d’horticulture de Panzhihua. La description originale ne reposait que sur du matériel végétatif ; les cônes mâles et femelles et les graines n’ont été décrits qu’en 2016, à la faveur de la découverte de matériel fertile sur le site type.

L’espèce est rangée dans la section Indosinenses, dont elle est le seul représentant endémique de Chine — une situation remarquable, la plupart des cycas chinois relevant des sections Stangerioides, Asiorientales ou Panzhihuaenses. Sa morphologie (tronc lisse, feuilles carénées et persistamment tomenteuses, cataphylles piquantes) la singularise au point qu’une sous-section distincte (Hongheenses) a été reconnue pour elle au sein de la section. Les analyses moléculaires ont par ailleurs mis en évidence un conflit entre marqueurs chloroplastiques (hérités de la mère) et nucléaires (biparentaux), reflet probable de l’histoire réticulée des cycas de la région ; les auteurs retiennent le rattachement à la section Indosinenses sur la base des caractères de la mégasporophylle et de l’ovule et des données nucléaires. L’épithète hongheensis renvoie au fleuve Rouge (Honghe), dans le sud-est du Yunnan.

Dans la nature

Cycas hongheensis est endémique du sud-est du Yunnan, dans la région du fleuve Rouge. Il n’est plus connu que de quelques localités, notamment autour de Gejiu et dans le district de Shiping (vers Nujie), ainsi que dans la réserve naturelle du mont Dawei (Dawei Shan). Il ne subsisterait que deux populations sauvages, comptant chacune moins de 1 000 individus.

Sur le plan de la conservation, la situation est critique : l’espèce est évaluée « En danger critique » (CR) sur la Liste rouge de l’UICN. Elle a été presque entièrement éradiquée de son habitat naturel par un prélèvement commercial continu pour le commerce local en Chine, le déclin des populations étant estimé à plus de 80 % sur les cinquante dernières années, avec une tendance toujours négative. Comme toute la famille des Cycadaceae, l’espèce relève de l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture. Compte tenu de cet état, Cycas hongheensis est avant tout une espèce de conservation, dont la survie dépend largement des collections ex situ et des aires protégées.

Culture

La culture de Cycas hongheensis est très peu répandue et l’espèce reste rare en collection. De son origine — région chaude du fleuve Rouge, dans le sud-est du Yunnan —, on peut déduire les besoins d’un cycas thermophile appréciant la chaleur, une exposition lumineuse et un sol parfaitement drainant, avec des arrosages réguliers en période de végétation et plus mesurés en saison fraîche. C’est une espèce de grande taille à terme, ce qui, joint à sa rareté, la réserve aux collections botaniques et aux jardins de climat chaud. La croissance est lente, comme chez la plupart des cycas.

Multiplication

La multiplication se fait par semis, à partir de graines fraîches. L’espèce étant dioïque, l’obtention de graines viables suppose des pieds mâles et femelles et, le plus souvent en culture, une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue est nettoyée avant le semis ; les graines demandent de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide pour germer, lentement. Compte tenu du statut « En danger critique » de l’espèce et de la pression de prélèvement qui pèse sur elle, seul du matériel issu de semis et de sources légales doit être recherché : cultiver l’espèce à partir de graines légitimes contribue directement à sa conservation ex situ.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont communs à l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), redoutable, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges en atmosphère chaude et sèche. La pourriture du tronc et des racines, liée à un excès d’humidité ou à un drainage insuffisant, est le principal trouble physiologique.

Rusticité

Issu d’une région chaude du sud-est du Yunnan, Cycas hongheensis doit être considéré comme sensible au gel et réservé aux climats chauds (zones de rusticité USDA de l’ordre de 10 à 11). Aucun retour d’expérience fiable et spécifique à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, ce qui s’explique par sa rareté en culture et son statut de conservation. Partout où des gelées sont possibles, la culture en bac hivernée à l’abri reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas hongheensis n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. Le statut « En danger critique » de l’espèce et son inscription à la CITES proscrivent en outre tout prélèvement dans la nature.

FAQ

Pourquoi Cycas hongheensis est-il particulier parmi les cycas chinois ? Parce que c’est le seul représentant de la section Indosinenses endémique de Chine, alors que la plupart des cycas chinois relèvent d’autres sections (notamment Stangerioides).

Quel est son plus proche parent ? Cycas pectinata, au point qu’il a été un temps traité comme une forme de cette espèce (Cycas pectinata f. hongheensis).

Où pousse-t-il à l’état sauvage ? Uniquement dans la région du fleuve Rouge, au sud-est du Yunnan (Chine), autour de Gejiu, dans le district de Shiping et dans la réserve du mont Dawei.

Est-il menacé ? Très gravement : « En danger critique » (CR), il ne subsisterait que deux populations sauvages de moins de 1 000 individus chacune, l’espèce ayant été décimée par le prélèvement commercial.

Que signifie l’épithète hongheensis ? Elle renvoie au fleuve Rouge (Honghe), dans le sud-est du Yunnan, où croît l’espèce.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté et répartition : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:993111-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales : https://www.ipni.org/n/993111-1

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — étymologie, type et statut : https://cycadlist.org/scientific_name/137

Phytotaxa — description complémentaire des organes reproducteurs et position phylogénétique (2016) : https://www.biotaxa.org/Phytotaxa/article/view/phytotaxa.257.1.5

Bibliographie

Yang, S.Y. & Yang, S.L. ex Wang, D.Y. (1996). [Cycas hongheensis S.Y.Yang & S.L.Yang.] In F.X. Wang & H.B. Liang (éds.), Cycads in China : 62. Guangdong Science and Technology Press. [Description originale, fondée sur du matériel végétatif.]

[Description complémentaire] (2016). Supplementary description of Cycas hongheensis (Cycadaceae) from Yunnan, China, and its phylogenetic position. Phytotaxa 257(1). [Première description des cônes mâles et femelles et des graines ; placement dans la section Indosinenses ; conflit entre marqueurs chloroplastiques et nucléaires.]

Hill, K.D. (2008). The genus Cycas (Cycadaceae) in China. Telopea 12(1) : 71-118. [Cadre de classification infragénérique du genre en Chine ; clé des espèces chinoises.]

Zheng, Y., Liu, J., Gong, X. et al. (2017). The distribution, diversity, and conservation status of Cycas in China. Ecology and Evolution 7(9) : 3212-3224. [Répartition, diversité et conservation des cycas de Chine.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106 : 480-510. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]