Cycas simplicipinna

Cycas simplicipinna est un petit cycas indochinois appartenant au genre Cycas, le plus vaste et le plus largement réparti des cycadales actuels, dont la diversité est maximale en Asie du Sud-Est et dans le sud de la Chine. C’est une plante de sous-bois à tige le plus souvent souterraine, qui ne porte que quelques grandes feuilles dressées, d’un vert vif et très luisant. Son nom même résume son trait distinctif : des folioles « simples », c’est-à-dire entières et non divisées, par opposition aux folioles curieusement découpées de Cycas micholitzii, dont elle a d’abord été considérée comme une simple variété. Relativement facile à cultiver, c’est l’un des cycas asiatiques les plus accessibles aux amateurs.

Comment reconnaître Cycas simplicipinna ?

C’est une espèce de petite taille, le plus souvent acaule (sans tronc apparent), dont les feuilles atteignent jusqu’à 2,5 m. La tige, de 8 à 14 cm de diamètre (exceptionnellement de 7 à 20 cm), est généralement souterraine, ou rarement très courte et rampante en surface ; son écorce est presque lisse, gris pâle à jaunâtre. La couronne est clairsemée, ne comptant que 2 à 5 feuilles à la fois.

Les feuilles sont simplement pennées, dressées à ascendantes, d’un vert clair à vert profond et très brillantes ; les jeunes pousses portent un duvet orangé qui se détache à mesure que la feuille se déploie. Le pétiole, long de 35 à 140 cm (soit 40 à 60 % de la longueur totale de la feuille), est armé de courtes épines sur ses bords. Le rachis, de 90 à 250 cm, se termine toujours par une paire de folioles. Le caractère diagnostique de l’espèce tient aux folioles elles-mêmes : peu nombreuses, larges et bien espacées, elles sont entières et non divisées, et chacune ne porte qu’une seule nervure médiane proéminente, sans nervure secondaire. Les cataphylles (feuilles écailleuses protectrices) sont molles, velues, articulées, longues de 4 à 5 cm.

L’espèce est dioïque et n’est pas autofertile : pour obtenir des graines, il faut donc cultiver à la fois un pied mâle et un pied femelle. Les cônes mâles sont petits et étroits (15 à 21 cm de long sur 2,2 à 4 cm de diamètre), en forme de fuseau, jaune crème, sans épine apicale ; leurs microsporophylles mesurent 12 à 14 mm de long. Les pieds femelles portent, en rosette lâche au sommet de la tige, des mégasporophylles de 7 à 12 cm couvertes d’un feutrage brun ; leur lame, ovale (45 à 55 mm de long sur 18 à 35 mm de large), est profondément pectinée, bordée de longues dents en peigne (épines latérales de 15 à 25 mm), l’épine apicale n’étant pas distincte des latérales ; chacune porte 2 ovules glabres. Les graines sont ovoïdes, de 25 à 27 mm de long sur 18 à 21 mm de large, à tégument externe (sarcotesta) jaune, non pruineux et dépourvu de couche fibreuse ; le tégument interne (sclérotesta) est verruqueux.

Hybrides connus

Aucun hybride naturel ou horticole formellement décrit n’est attesté pour Cycas simplicipinna. Mentionner un cultivar hybride sous ce nom serait donc infondé.

En culture, on rencontre en revanche des cycas asiatiques greffés (par exemple des formes ornementales greffées sur porte-greffe vigoureux) : il s’agit de techniques horticoles, sans rapport avec une hybridation, et qui ne concernent pas spécifiquement cette espèce.

Confusion avec d’autres espèces

Cycas simplicipinna appartient au groupe de Cycas micholitzii, un ensemble de cycas indochinois partageant une tige souterraine, de petits cônes mâles mous, une sarcotesta non fibreuse se détachant librement et un sclérotesta verruqueux. La confusion la plus directe se fait avec Cycas micholitzii lui-même, dont l’espèce a longtemps été tenue pour une variété. La distinction est pourtant nette : Cycas micholitzii possède des folioles bipennées, divisées dichotomiquement deux ou trois fois, qui lui donnent une allure de fougère très inhabituelle chez un cycas, tandis que Cycas simplicipinna a des folioles simples, entières et larges.

D’autres membres du groupe peuvent prêter à confusion : Cycas bifida, dont les folioles sont fourchues (bifides) près de leur base ; ou Cycas multipinnata et Cycas debaoensis, aux feuilles plusieurs fois divisées. Une autre source d’ambiguïté est nomenclaturale : le nom ancien Cycas tonkinensis, considéré comme un nomen dubium, a pu être appliqué indifféremment à Cycas balansae, Cycas chevalieri ou Cycas simplicipinna. Dans son aire, l’habitude presque entièrement souterraine, la couronne très clairsemée de grandes feuilles dressées à folioles larges et espacées, et les petits cônes mâles étroits suffisent à séparer l’espèce de ses voisines.

Taxonomie

L’espèce a d’abord été décrite par le botaniste thaïlandais Tem Smitinand en 1971, sous le nom de Cycas micholitzii var. simplicipinna, dans le Natural History Bulletin of the Siam Society (volume 24, page 164). Kenneth D. Hill l’a élevée au rang d’espèce à part entière en 1995 (Proceedings of the Third International Conference on Cycad Biology, page 150), combinaison aujourd’hui acceptée par les principales bases de référence, dont Plants of the World Online (POWO) et l’International Plant Names Index (IPNI).

L’épithète simplicipinna est formée du latin pinna (division d’une feuille composée) et du préfixe simplici- (simple), en référence aux folioles simples, par contraste avec les folioles divisées de Cycas micholitzii. Par ses caractères (cônes mâles petits et mous, sarcotesta non fibreuse, sclérotesta verruqueux), l’espèce se rattache au groupe de Cycas micholitzii. La révision de référence pour la région reste celle de Hill et Yang sur le genre Cycas en Thaïlande (Brittonia, 1999).

Dans la nature

Cycas simplicipinna est l’un des cycas asiatiques les plus largement répartis. On le rencontre dans le sud de la Chine (Yunnan), au Laos, en Thaïlande (notamment dans les provinces de Chiang Mai — localité type —, Mae Hong Son, Phrae, Loei et Phetchabun) et au Vietnam (Quảng Trị) ; sa présence au Myanmar est jugée possible mais reste à confirmer. Cette large distribution sur le continent indochinois le distingue de bien des cycas à aire minuscule.

C’est une plante de forêt, qui prospère dans les régions à climat de mousson saisonnièrement sec et croît volontiers à l’ombre du couvert forestier. Sa tige souterraine et le point végétatif enfoui dans le sol lui confèrent une bonne protection face aux aléas de la saison sèche. La dispersion des graines, lourdes comme chez tous les Cycas, reste de courte portée et favorise des populations localisées au sein de son vaste aire.

Sur le plan de la conservation, Cycas simplicipinna est évalué « Quasi menacé » (NT) sur la Liste rouge de l’UICN (évaluation de 2023), un statut moins préoccupant que celui de nombreux cycas du fait de sa répartition étendue, mais qui traduit néanmoins une pression liée à la perte d’habitat et à la collecte. Comme l’ensemble de la famille des Cycadaceae, l’espèce est inscrite à l’Annexe II de la CITES : toute plante commercialisée doit pouvoir justifier d’une origine issue de culture.

Culture

Cycas simplicipinna passe pour l’un des cycas asiatiques les plus faciles et les plus rapides à cultiver, ce qui en fait une bonne plante de découverte pour qui s’intéresse au genre. Il est par ailleurs bien adapté à la culture en pot.

L’espèce convient aux régions à climat tropical ou subtropical présentant une saison sèche, et tolère de courtes périodes de sécheresse. Contrairement à beaucoup de cycas exigeant le plein soleil, c’est une plante d’origine forestière qui préfère une lumière vive mais filtrée à une situation ombragée ; un ensoleillement trop direct tend à décolorer son feuillage. Le substrat doit être très drainant, et la plante apprécie la chaleur estivale, qui stimule sa croissance. En pleine terre, elle n’est envisageable que sous climat chaud et pratiquement sans gel ; ailleurs, la culture en pot, hivernée à l’abri, est préférable. Comme chez tous les cycas, la croissance se fait par poussées de feuilles successives, et un excès d’eau stagnante, surtout par temps frais, reste le principal danger pour la tige.

Multiplication

La multiplication se fait essentiellement par semis. L’espèce n’étant pas autofertile, l’obtention de graines en culture suppose de disposer d’un pied mâle et d’un pied femelle, et le plus souvent de procéder à une pollinisation manuelle. La sarcotesta charnue doit être nettoyée avant le semis ; les graines réclament de la chaleur et un substrat drainant maintenu humide, et germent de façon lente et étalée. Le prélèvement de rejets, lorsqu’ils se forment à la base de la tige, offre une voie de multiplication végétative complémentaire : on les laisse cicatriser à sec avant de les rempoter dans un mélange très drainant.

Maladies et ravageurs

Les ennemis sont ceux de l’ensemble des cycas cultivés : la cochenille du cycas (Aulacaspis yasumatsui), tenace et redoutable, ainsi que les cochenilles farineuses et les araignées rouges en atmosphère chaude et sèche. Un examen régulier du revers des folioles et de la base des feuilles permet d’intervenir tôt. Le principal trouble physiologique demeure la pourriture de la tige et des racines, provoquée par un excès d’humidité ou un drainage insuffisant, en particulier lorsque les températures baissent.

Rusticité

Cycas simplicipinna est une plante de forêt tropicale à subtropicale, habituée à un climat de mousson sans gel marqué. Certaines pépinières spécialisées lui attribuent une rusticité de l’ordre de la zone USDA 9b, mais il convient de rester prudent : aucun retour d’expérience détaillé propre à cette espèce n’a pu être trouvé sur les forums spécialisés, et une telle indication commerciale ne suffit pas à garantir un seuil de température fiable. Mieux vaut donc la considérer comme sensible au gel.

Un atout réel la distingue toutefois : sa tige souterraine met le point végétatif à l’abri dans le sol, ce qui peut aider la plante à repartir après une gelée ayant détruit le feuillage. Cette protection concerne la survie de la souche, non le maintien des feuilles, qui restent fragiles. Comme c’est en outre une plante de sous-bois, elle redoute un plein soleil brûlant et préfère ombre et hygrométrie. Partout où des gelées sont possibles, la culture en pot hivernée à l’abri, à la lumière et au chaud, reste la solution la plus sûre.

Usages traditionnels

Aucun usage traditionnel propre à Cycas simplicipinna n’est documenté de façon fiable. De manière générale, il faut rappeler que les cycas renferment des composés toxiques, notamment la cycasine et des acides aminés neurotoxiques : graines et tissus ne doivent jamais être consommés sans traitement de détoxification approprié. L’inscription de l’espèce à la CITES proscrit par ailleurs tout prélèvement non contrôlé dans la nature.

FAQ

Pourquoi ce nom de « folioles simples » ? Parce que ses folioles sont entières et non divisées, à la différence de Cycas micholitzii, aux folioles découpées plusieurs fois, dont l’espèce était autrefois considérée comme une variété.

A-t-il un tronc ? Le plus souvent non visible : la tige est généralement souterraine, et les quelques grandes feuilles semblent sortir directement du sol.

Est-ce un cycas facile à cultiver ? Oui, c’est l’un des plus accessibles du genre : croissance relativement rapide, bonne adaptation à la culture en pot, à condition d’un substrat très drainant, de chaleur et d’une lumière filtrée.

Aime-t-il le plein soleil ? Non. Plante de sous-bois, il préfère une lumière vive mais tamisée à la mi-ombre ; un soleil trop direct décolore son feuillage.

Est-il rustique ? À considérer comme gélif. Une rusticité de zone 9b est parfois avancée par des pépinières, mais sans confirmation fiable ; en climat à gelées, une culture en pot hivernée à l’abri est recommandée.

Sites de référence

Plants of the World Online (POWO) — nom accepté, synonymie et répartition : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:988558-1

International Plant Names Index (IPNI) — données nomenclaturales et basionyme : https://www.ipni.org/n/988558-1

GBIF (Global Biodiversity Information Facility) — taxon et occurrences : https://www.gbif.org/species/2683276

Catalogue of Life — référentiel taxonomique : https://www.catalogueoflife.org/data/taxon/32S5L

Cycad List, The World List of Cycads (cycadlist.org) — fiche taxonomique, répartition et statut : https://cycadlist.org/scientific_name/216

LLIFLE, Encyclopedia of Living Forms — description morphologique détaillée et conseils de culture : https://www.llifle.com/Encyclopedia/PALMS_AND_CYCADS/Family/Cycadaceae/31814/Cycas_simplicipinna

UICN, Liste rouge des espèces menacées — statut Quasi menacé (évaluation 2023) : https://www.iucnredlist.org/species/42085/69157953

Bibliographie

Smitinand, T. (1971). [Cycas micholitzii var. simplicipinna Smitinand.] Natural History Bulletin of the Siam Society 24 : 164. [Description originale, en tant que variété de Cycas micholitzii.]

Hill, K.D. (1995). Cycas simplicipinna (Smitinand) K.D.Hill. Proceedings of the Third International Conference on Cycad Biology : 150. [Élévation au rang d’espèce.]

Hill, K.D. & Yang, S.L. (1999). The genus Cycas (Cycadaceae) in Thailand. Brittonia 51(1) : 48-73. [Révision régionale et description détaillée.]

Averyanov, L.V. et al. (2014). Gymnosperms of Laos. Nordic Journal of Botany 32 : 765-805. [Données de répartition au Laos.]

Osborne, R., Calonje, M.A., Hill, K.D., Stanberg, L. & Stevenson, D.W. (2012). The world list of cycads. Memoirs of the New York Botanical Garden 106. [Référence taxonomique mondiale des cycadales.]

Whitelock, L.M. (2002). The Cycads. Timber Press, Portland. [Ouvrage de synthèse sur les cycadales.]

Bösenberg, J.D. (2023). Cycas simplicipinna. The IUCN Red List of Threatened Species 2023 : e.T42085A69157953. [Évaluation du statut de conservation Quasi menacé.]