Si la collection des hybrides d’Aeonium de Jack Catlin devait avoir un porte-drapeau, ce serait Aeonium ‘Cyclops’. Plus grand que ‘Zwartkop’, plus spectaculaire que ‘Velour’, plus accessible que les hybrides intersectionnels stériles, ce cultivar combine une stature impressionnante (jusqu’à 1,2 mètre de hauteur, parfois 1,5 mètre, avec des rosettes pouvant dépasser 30 centimètres de diamètre), une pigmentation pourpre-bronze profonde en saison favorable, et un caractère ornemental unique : un cœur vert vif au centre de chaque rosette, contrastant avec le pourpre des feuilles externes — l’« œil cyclopéen » qui lui a donné son nom mythologique. Croisement entre Aeonium undulatum (le grand Aeonium ondulé des Canaries occidentales) et Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ (le célèbre cultivar à feuillage noir), ‘Cyclops’ a été créé par Jack Catlin en 1988 et officiellement diffusé en 1995 par le programme International Succulent Introductions du Huntington Botanic Garden, sous la référence ISI 95-11.
Pourquoi « Cyclops » ?
Le choix du nom est un trait d’humour mythologique. Le Cyclope, géant à un œil unique des récits homériques, prête son nom à ce cultivar pour deux raisons convergentes : la taille géante (parmi les plus imposantes du genre Aeonium) et l’œil vert central de chaque rosette, formé par les feuilles juvéniles encore non pigmentées au cœur de la couronne pourpre des feuilles externes mûres.
Ce caractère « œil vert » est l’élément distinctif du cultivar. Les feuilles émergent vert tendre au centre de la rosette, conservent cette teinte pendant plusieurs semaines, puis se pigmentent progressivement en migrant vers la périphérie à mesure qu’elles s’exposent au soleil. Le résultat est une rosette structurée en deux zones de couleurs nettement séparées : un disque central vert électrique de 5 à 8 centimètres de diamètre, entouré d’une couronne de feuilles pourpre-bronze profond. Cette signature visuelle distingue ‘Cyclops’ au premier regard de tous les autres cultivars sombres du genre.
Parents : un Aeonium géant et un cultivar noir
Les deux parents de ‘Cyclops’ appartiennent à la même section du genre — la section Aeonium — ce qui a une conséquence biologique importante : l’hybride est fertile, contrairement à ‘Velour’ (croisement intersectionnel canariense × ‘Zwartkop’). ‘Cyclops’ fleurit régulièrement, produit des graines viables, et a même été utilisé occasionnellement par les hybridateurs comme parent de seconde génération.
Aeonium undulatum — le parent géant des falaises canariennes
Aeonium undulatum Webb & Berthel. est une espèce endémique des Canaries occidentales, principalement de Tenerife et La Gomera, où elle pousse sur les falaises côtières et dans les ravines basaltiques. Elle se distingue de Aeonium arboreum par plusieurs caractères :
- Une taille nettement supérieure : jusqu’à 2 mètres en pleine maturité, sur des tiges robustes de 3 à 5 centimètres de diamètre, peu ramifiées.
- Des rosettes massives, de 30 à 50 centimètres de diamètre — parmi les plus grandes du genre.
- Des feuilles aux marges franchement ondulées, d’où l’épithète latine undulatum. Ces ondulations donnent à la rosette une texture de surface rythmée, très différente du feuillage plat-spatulé de Aeonium arboreum.
- Un port solitaire ou peu ramifié : la plante développe en général un seul tronc dressé surmonté d’une rosette unique, sans ramifications latérales sauf accident.
L’apport d’Aeonium undulatum à ‘Cyclops’ est donc fondamental : la grande taille, les rosettes massives, et le caractère vigoureux de la plante. La marge ondulée se retrouve atténuée chez l’hybride.
Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ — le cultivar à pigmentation noire
L’autre parent est le cultivar à feuillage pourpre-noir déjà présenté dans une fiche dédiée. Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ apporte à ‘Cyclops’ la composante chromatique : la capacité à accumuler des anthocyanes en quantité suffisante pour produire une pigmentation pourpre profonde sous forte exposition lumineuse. Sans ‘Zwartkop’ dans le pedigree, ‘Cyclops’ serait un grand Aeonium vert — visuellement intéressant mais beaucoup moins spectaculaire.
Une combinatoire réussie
L’hybride hérite de manière équilibrée :
- D’Aeonium undulatum : la grande taille, les rosettes massives, la vigueur générale, la tolérance à un arrosage plus régulier que la moyenne des Aeonium.
- De Aeonium arboreum ‘Zwartkop’ : la pigmentation pourpre, et un port mieux ramifié que celui d’undulatum pur (héritage de la section Aeonium à port arborescent typique d’Aeonium arboreum).
Le résultat : un Aeonium qui combine la monumentalité de l’un et la couleur de l’autre, avec en bonus l’« œil vert » caractéristique au cœur de chaque rosette.
L’obtenteur Jack Catlin et le programme ISI 95-11
Jack Catlin, hybridateur californien d’Aeonium dont le travail a été présenté dans la fiche consacrée à Aeonium ‘Velour’, a réalisé le croisement à l’origine de ‘Cyclops’ en 1988, dans son atelier de Californie du Sud. Comme pour ses autres hybrides, il a longuement observé, sélectionné et stabilisé son matériel avant de le proposer à la diffusion publique. La plante a été distribuée pour la première fois à l’occasion du catalogue ISI 1995 (référence ISI 95-11) du programme International Succulent Introductions, géré par le Huntington Botanic Garden de San Marino, Californie.
Cette diffusion institutionnelle a fait de ‘Cyclops’ l’un des hybrides d’Aeonium les plus largement distribués dans les pépinières spécialisées du monde occidental, depuis la côte ouest américaine jusqu’à l’Australie, en passant par la Méditerranée européenne. C’est aujourd’hui l’un des grands hybrides classiques du genre, présent dans la plupart des collections institutionnelles importantes (Huntington Botanic Garden, Jardín Canario Viera y Clavijo, Sukkulenten-Sammlung Zürich) et dans le commerce de détail des pépinières spécialisées.
‘Cyclops’ et son frère de semis : ‘Voodoo’
Comme pour ‘Velour’ (frère de ‘Blushing Beauty’ et ‘Plum Purdy’), Catlin a sélectionné deux cultivars distincts dans le même lot d’hybridation undulatum × ‘Zwartkop’ : ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’. Les deux plantes sont des frères de semis (siblings) — issues du même croisement, du même lot de graines — mais présentent des caractéristiques suffisamment différenciées pour mériter chacune un nom de cultivar.
Voici les principales différences :
- L’« œil vert ». Très marqué chez ‘Cyclops’, avec un disque central vert vif nettement délimité. Plus discret ou absent chez ‘Voodoo’, dont les rosettes sont plus uniformément sombres, sans contraste interne nettement défini.
- Le port. ‘Cyclops’ développe un port franchement ramifié avec plusieurs tiges produisant chacune une rosette. ‘Voodoo’ tend vers un port solitaire, avec un tronc principal unique surmonté d’une rosette dominante, parfois accompagné d’une couronne basale de petites rosettes périphériques.
- La taille adulte. ‘Voodoo’ atteint 1,5 mètre, parfois davantage, et est légèrement plus grand que ‘Cyclops’ (1 à 1,2 mètre typique). Ses rosettes peuvent dépasser 40 centimètres de diamètre.
- L’intensité chromatique. Les deux atteignent un pourpre-bronze profond, mais ‘Voodoo’ tend vers des teintes plus uniformément foncées, presque uniformément violines, là où ‘Cyclops’ joue la carte du contraste.
- L’usage paysager. ‘Voodoo’ fait un excellent sujet solitaire en pleine terre, planté seul comme accent végétal. ‘Cyclops’ s’adapte mieux aux massifs et aux compositions de plusieurs sujets, grâce à son port ramifié.
Catlin lui-même soulignait l’intérêt de cultiver les deux frères côte à côte : la combinaison du « bourgogne contrasté » de ‘Cyclops’ et du « pourpre uniforme » de ‘Voodoo’ produit un dialogue chromatique remarquable dans une composition de jardin succulent.
Description morphologique
‘Cyclops’ est l’un des plus grands cultivars du genre Aeonium. La hauteur typique est de 1 à 1,2 mètre en pleine terre, pouvant atteindre 1,5 mètre sur des sujets âgés bien établis dans des conditions favorables. La largeur est de l’ordre de 90 à 120 centimètres, dictée par le port ramifié.
Les tiges sont robustes, atteignant 2 à 4 centimètres de diamètre à maturité, gris-brun, ramifiées dès la base et le long du tronc. La ramification est plus généreuse que chez Aeonium undulatum pur (parent solitaire), mais plus modérée que chez Aeonium arboreum (parent fortement ramifié). Le résultat est un sous-arbrisseau structuré, à charpente lisible, surmonté de plusieurs rosettes terminales bien séparées.
Les rosettes sont massives : 25 à 30 centimètres de diamètre couramment, jusqu’à 35 ou 40 centimètres sur les plus beaux sujets. Chaque rosette compte 30 à 50 feuilles disposées en spirale serrée. Les feuilles sont obovales-spatulées, à base rétrécie en pétiole peu marqué et sommet arrondi à brièvement apiculé, mesurant 10 à 18 centimètres de longueur sur 3 à 5 centimètres de largeur. Les marges sont finement ciliées (cils du genre Aeonium) et présentent un léger ondulement hérité du parent undulatum, atténué mais visible à la loupe.
La surface foliaire est lisse et glabre, légèrement luisante, sans la pubescence veloutée de ‘Velour’. Elle a la texture du feuillage typique des Aeonium arboreum, mais sur des feuilles plus grandes et plus charnues.
La couleur suit un cycle saisonnier marqué :
- Hiver et début de printemps (croissance active) : feuilles principalement vertes à vert tendre, parfois avec des reflets cuivrés sur les marges externes en cas d’exposition vive.
- Fin de printemps et début d’été : transition rapide, feuilles externes prenant des teintes pourpre-rouge à bronze.
- Été (chaleur, sécheresse, dormance) : pigmentation maximale, feuilles externes pourpre-bronze profond à presque noires en plein soleil. Le cœur de la rosette reste vert vif, créant l’« œil cyclopéen » caractéristique.
- Automne : pigmentation conservée plusieurs semaines avant retour progressif au vert avec la reprise hydrique.
L’inflorescence est une panicule conique terminale de 25 à 50 centimètres de long, portant de nombreuses petites fleurs étoilées jaune doré à crème jaunâtre. La floraison est printanière à fin printemps. Elle est spectaculaire sur ce cultivar de grande taille — la combinaison d’une rosette pourpre de 30 centimètres surmontée d’une hampe de 50 centimètres en fleurs jaunes constitue l’un des plus beaux spectacles du genre. Comme chez les Aeonium typiques, la rosette florifère meurt après floraison (monocarpie au niveau de la rosette), mais la ramification de la charpente assure la pérennité de l’individu.
Formes variantes : crêtée et verte
Deux formes variantes du cultivar circulent dans le commerce spécialisé :
- Aeonium ‘Cyclops’ f. cristatum — la forme crêtée (fasciation). Le méristème apical s’allonge en crête sinueuse au lieu de produire une rosette régulière. La cristation chez ‘Cyclops’ est particulièrement spectaculaire car elle s’opère sur des dimensions importantes : un sujet bien crêté peut développer une « crête » de plusieurs dizaines de centimètres de longueur, en éventail ou en cerveau, conservant l’« œil vert » et la pigmentation pourpre. Forme rare et très recherchée des collectionneurs.
- Aeonium ‘Cyclops’ (forme verte) — variation chromatique apparue spontanément sur certaines lignées propagées, dans laquelle la pigmentation pourpre est très atténuée. Les rosettes restent verdâtres avec seulement des reflets bronze sur les marges externes, conservant l’« œil vert » qui est ici beaucoup moins contrasté avec le reste de la rosette. Cette forme verte présente un intérêt esthétique propre et permet d’apprécier la structure morphologique du cultivar sans la dominante chromatique pourpre.
Une forme combinée — ‘Cyclops’ green form crested — circule également dans les collections spécialisées, mais reste exceptionnelle.
Confusions possibles
- ‘Voodoo’ — frère de semis, déjà discuté ci-dessus. Distinction par l’« œil vert » plus marqué chez ‘Cyclops’, et par le port plus ramifié.
- ‘Zwartkop’ — distinction immédiate par la taille (beaucoup plus petite chez ‘Zwartkop’), l’absence d’œil vert (rosette uniformément sombre), et le port plus élancé.
- ‘Atropurpureum’ — distinction par la taille et l’intensité chromatique. ‘Atropurpureum’ est plus petit, plus rouge, sans la dimension monumentale de ‘Cyclops’.
- ‘Velour’ — distinction par la pubescence (veloutée chez ‘Velour’, glabre chez ‘Cyclops’), la taille (moyenne chez ‘Velour’, grande chez ‘Cyclops’), et la stérilité (absente chez ‘Cyclops’ qui fleurit régulièrement, présente chez ‘Velour’).
- Aeonium undulatum à feuilles teintées — distinction par la pigmentation : Aeonium undulatum pur ne produit jamais des teintes pourpres aussi intenses que ‘Cyclops’. Une exposition extrême peut donner à undulatum sauvage un cuivré-rouge, mais sans le pourpre profond de l’hybride.
- Hybrides récents non documentés — depuis la diffusion de ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ en 1995, plusieurs hybrideurs amateurs ont produit des plantes proches en cultivant ‘Cyclops’ à proximité d’autres Aeonium. Ces hybrides de seconde génération circulent dans le commerce sous des noms variables, parfois sous le nom ‘Cyclops’ lui-même par confusion. La provenance documentée (par exemple, plante issue directement d’un sujet du Huntington Botanic Garden) reste la meilleure garantie d’identification.
Culture en climat méditerranéen
Exposition
Plein soleil pour la pigmentation maximale. ‘Cyclops’ tolère une mi-ombre lumineuse, mais perd alors son contraste chromatique : l’« œil vert » disparaît et la rosette redevient majoritairement verte. En climat méditerranéen littoral, plein sud toute la journée convient parfaitement. Dans les arrière-pays plus chauds (Provence intérieure, Languedoc continental), un soleil du matin avec ombre légère l’après-midi prévient les coups de chaleur sur les feuilles fortement pigmentées.
Substrat
Mélange drainant standard pour Crassulacées : 50 % de terreau de qualité, 50 % de matériau drainant (perlite, pumice, pouzzolane fine). En pleine terre méditerranéenne, plantation sur butte, en rocaille ou en terrain naturellement drainant, avec amendement minéral généreux si le sol est argilo-calcaire. La taille importante de la plante adulte demande un volume de substrat conséquent : un grand contenant (au minimum 30-40 litres pour un sujet adulte) ou une plantation en pleine terre est préférable à un pot étroit.
Arrosage
Cycle classique du genre : croissance hivernale, dormance estivale. ‘Cyclops’ tolère un arrosage plus régulier que la plupart des Aeonium, héritage de son parent undulatum (espèce des falaises côtières humides où la rosée et les brouillards apportent une humidité régulière). En saison de croissance, arroser abondamment quand les deux ou trois premiers centimètres du substrat sont secs.
En été, réduire les arrosages mais sans dessécher complètement le substrat : un arrosage léger toutes les deux à trois semaines suffit pour maintenir la plante en bonne santé sans provoquer de pourriture. Cette tolérance à un régime hydrique plus suivi distingue ‘Cyclops’ des cultivars purs d’Aeonium arboreum, qui préfèrent un dessèchement franc en été.
Tolérance thermique
Comme tous les Aeonium, ‘Cyclops’ supporte mal les chaleurs extrêmes prolongées au-dessus de 38 °C — les feuilles sombres, qui absorbent davantage de rayonnement solaire, peuvent ramollir et brûler. Ombrage léger ou repositionnement contre une exposition plus tempérée pendant les pics caniculaires. Cette sensibilité reste néanmoins moins forte que celle de ‘Velour’ (héritage canariense plus marqué).
Fertilisation
Engrais liquide équilibré pour plantes succulentes, dilué de moitié, mensuel pendant la saison de croissance. Aucune fertilisation pendant la dormance estivale. La grande taille de ‘Cyclops’ justifie une fertilisation suivie pour soutenir la croissance des rosettes massives — légèrement plus que pour les cultivars de taille moyenne du genre.
Conduite et stabilité
La grande taille pose un problème spécifique de stabilité. Les rosettes massives en hauteur, portées par des tiges relativement grêles, donnent à la plante un centre de gravité élevé. En pot, le risque de chute par grand vent ou en cas de dessèchement extrême du substrat est réel. Plusieurs solutions : alester le fond du pot avec des galets, des tessons ou des briques pour augmenter la masse à la base ; planter en pot lourd (terre cuite plutôt que plastique) ; ou installer un tuteur discret si nécessaire. En pleine terre méditerranéenne, le problème ne se pose pas : le système racinaire ancré dans le sol assure la stabilité.
Les rosettes florifères meurent après floraison. Pour préserver la silhouette globale, on peut couper la hampe florale juste après la fanaison, et étêter les tiges qui ont fleuri pour favoriser la ramification basale.
Multiplication
Comme tous les hybrides horticoles, ‘Cyclops’ se propage quasi exclusivement par voie végétative. La voie séminale est techniquement possible (l’hybride étant fertile, il produit des graines viables), mais les descendants ségrègent dans la diversité parentale et ne reproduisent pas le phénotype ‘Cyclops’ — exactement comme pour ‘Voodoo’ et tous les autres hybrides intra-sectionnels du genre. La multiplication par boutures est donc la seule méthode pour conserver fidèlement le cultivar.
Procédé standard :
- Sélectionner une tige saine portant une rosette, en fin d’automne ou au début du printemps.
- Couper proprement à 15–20 centimètres sous la rosette (boutures plus grandes que pour les autres Aeonium, en raison du port plus massif).
- Laisser cicatriser à l’air libre, à l’ombre, pendant 5 à 7 jours (durée plus longue que pour les boutures fines, en raison de la section de coupe plus importante).
- Planter dans un substrat drainant légèrement humide, en grand contenant.
- Maintenir à l’ombre claire, en arrosant très parcimonieusement, jusqu’à apparition de nouvelles racines (3 à 5 semaines).
- Reprendre une culture normale et exposer progressivement au plein soleil.
Une particularité intéressante : ‘Cyclops’ développe occasionnellement des racines aériennes le long des tiges, en particulier dans les jardins méditerranéens où l’humidité atmosphérique est régulière. Ces racines, lorsqu’elles touchent un substrat humide, peuvent s’enraciner spontanément et donner naissance à un nouveau pied. C’est un caractère hérité du parent undulatum (espèce de falaises humides) et il facilite considérablement la multiplication végétative.
Maladies, ravageurs et accidents physiologiques
- Pucerons au printemps, sur les hampes florales et les jeunes pousses — pulvérisation savonneuse ou auxiliaires.
- Cochenilles farineuses en serre et intérieur, dans les aisselles foliaires des rosettes denses — alcool isopropylique à 70 %.
- Acarien des galles de l’Aeonium, plus rarement observé sur ‘Cyclops’ que sur les cultivars purs d’Aeonium arboreum, mais possible.
- Pourritures fongiques en cas d’humidité excessive prolongée — drainage et surveillance des aisselles foliaires des rosettes denses, où l’eau peut stagner.
- Coups de chaleur au-dessus de 38 °C — apparition de taches déshydratées brunâtres sur les feuilles externes pourpres.
- Chute par déséquilibre. Plus qu’une maladie, un accident mécanique : sujet en pot léger qui bascule sous le poids de ses rosettes massives, ou tige fendue à la base par un vent fort. Préventions : alester les pots, plantation contre un mur abrité, ou installation discrète d’un tuteur sur les sujets âgés.
- Stress hydrique sévère. ‘Cyclops’ tolère moins bien le dessèchement complet et prolongé que les cultivars purs d’Aeonium arboreum. Un arrosage minimal en été est nécessaire, contrairement à ‘Atropurpureum’ ou ‘Zwartkop’ qui peuvent être laissés sans eau pendant plusieurs mois.
Rusticité
‘Cyclops’ présente une rusticité comparable à celle de ses parents :
- −1 °C : seuil de prudence ; protection souhaitable au-delà.
- −2 à −3 °C bref et en air sec : survie possible des sujets adultes bien établis, généralement avec perte d’une partie du feuillage.
- −4 °C ou en deçà : dégâts sévères probables, mort du feuillage et risque de mort de la charpente.
En métropole française, la culture en pleine terre sur le long terme n’est viable qu’en zone 10a, sur les côtes méditerranéennes les plus chaudes (Côte d’Azur, presqu’île de Giens, Cap d’Antibes, Corse littorale, Côte Vermeille), en position abritée. Partout ailleurs, la culture en pot avec hivernage sous abri lumineux non gélif est la solution recommandée.
L’humidité hivernale est un facteur aggravant : un froid de −3 °C en air sec est mieux toléré qu’un froid de −1 °C accompagné de pluie persistante. Le port arborescent et la masse foliaire de ‘Cyclops’ rendent la protection mécanique (couverture, voile d’hivernage) plus délicate à mettre en œuvre que pour les cultivars compacts — un argument supplémentaire en faveur de la culture en pot pour les jardiniers situés en limite climatique.
Usages au jardin et en composition
‘Cyclops’ est par excellence un cultivar de point focal. Sa stature impose qu’on lui réserve une place dégagée où il pourra déployer ses rosettes massives sans concurrence, et où sa silhouette imposante sera lisible de loin :
- En sujet isolé sur pelouse minérale ou en gravier, où il joue le rôle d’un véritable petit arbre méditerranéen, dramatique en été lorsque les rosettes prennent leur teinte pourpre maximale.
- En association avec des feuillages glauques ou argentés (Senecio mandraliscae, Dudleya brittonii, Yucca rostrata) : le contraste est spectaculaire, l’argenté soulignant le pourpre.
- Avec des graminées ornementales (Stipa tenuissima, Pennisetum villosum) : la légèreté des inflorescences plumeuses contrebalance la masse compacte des rosettes.
- En composition avec son frère ‘Voodoo’, comme préconisé par Catlin lui-même : le contraste « œil vert / pourpre uniforme » entre les deux siblings est d’un grand effet pédagogique et esthétique.
- En contenant majeur sur grande terrasse méditerranéenne, dans un pot de terre cuite de 50 à 80 litres, comme accent végétal monumental.
- Lors de la floraison, qui survient au printemps, le sujet devient le clou du jardin — une rosette pourpre de 30 centimètres surmontée d’une hampe jaune de 50 centimètres en fleurs étoilées est l’une des images les plus saisissantes du jardin succulent.
‘Cyclops’ est résistant aux cervidés, considéré comme non toxique pour l’homme et les animaux domestiques, et tolère raisonnablement les embruns salins.
Foire aux questions
Pourquoi appelle-t-on ce cultivar d’Aeonium « Cyclops » ?
Le nom évoque le Cyclope mythologique pour deux raisons : la grande taille de la plante, et l’« œil vert » central de chaque rosette, formé par les feuilles juvéniles encore non pigmentées au cœur de la couronne pourpre des feuilles externes.
‘Cyclops’ est-il un Aeonium arboreum ?
Non, c’est un hybride : Aeonium undulatum × Aeonium arboreum ‘Zwartkop’. La désignation rigoureuse est Aeonium ‘Cyclops’, sans rattachement à une espèce parente unique.
Quelle est la différence entre ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ ?
Ce sont des frères de semis du même croisement de Jack Catlin. ‘Cyclops’ a un « œil vert » central très marqué et un port bien ramifié. ‘Voodoo’ a une rosette plus uniformément sombre, sans œil vert net, et un port plus solitaire (peu ramifié), avec une taille adulte légèrement supérieure.
Mon ‘Cyclops’ a fleuri et la rosette meurt. Que faire ?
C’est normal : la rosette florifère meurt après la floraison (monocarpie). Les autres ramifications de la plante restent vivantes et continuent à se développer. Coupez la hampe défleurie et, si la tige porteuse est dénudée, étêtez-la à 20 centimètres au-dessus de la base pour favoriser une nouvelle ramification.
Mon ‘Cyclops’ devient vert en hiver. Est-ce normal ?
Oui, c’est le cycle saisonnier normal du cultivar. La pigmentation pourpre revient au printemps et atteint son maximum en été. Cette saisonnalité chromatique est l’une des caractéristiques attractives de ‘Cyclops’.
Peut-on planter ‘Cyclops’ en pleine terre dans le sud de la France ?
Oui, mais uniquement sur les côtes méditerranéennes les plus chaudes (zone 10a), en position abritée. Partout ailleurs en France, la culture en pot est recommandée. La taille adulte impose un grand contenant ou une plantation en pleine terre — un pot de moins de 30 litres ne convient pas à un sujet mature.
Quelle est l’espèce-parente Aeonium undulatum ?
C’est une espèce des Canaries occidentales (Tenerife principalement), qui pousse sur les falaises côtières et dans les ravines basaltiques. Elle se distingue d’Aeonium arboreum par sa plus grande taille, ses rosettes massives, ses feuilles aux marges ondulées et son port solitaire ou peu ramifié.
Y a-t-il une forme crêtée de ‘Cyclops’ ?
Oui, Aeonium ‘Cyclops’ f. cristatum existe. Cette forme tératologique est rare, instable, et très recherchée par les collectionneurs. Sa propagation se fait par bouturage prélevé directement sur les zones fasciées.
‘Cyclops’ supporte-t-il un arrosage estival ?
Mieux que la plupart des Aeonium, grâce à son héritage undulatum. Un arrosage léger toutes les deux à trois semaines en été est bénéfique, alors que les cultivars purs d’Aeonium arboreum préfèrent un dessèchement plus marqué pendant la dormance.
Sites de référence
- POWO (Plants of the World Online) — fiches taxonomiques des deux espèces parentes Aeonium undulatum et Aeonium arboreum, Royal Botanic Gardens, Kew : https://powo.science.kew.org/
- Huntington Botanic Garden — International Succulent Introductions (ISI) — programme de diffusion de plantes succulentes, fiche ISI 95-11 incluant ‘Cyclops’ : https://huntington.org/international-succulent-introductions
- International Crassulaceae Network (ICN) — ressource taxonomique spécialisée pour la famille des Crassulacées, fiche dédiée à ‘Cyclops’ : https://www.crassulaceae.ch/
- World of Succulents — fiche du cultivar avec photographies : https://worldofsucculents.com/
- San Marcos Growers (Californie) — données de culture en climat méditerranéen pour ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ : https://www.smgrowers.com/
- Aeonium Australia — descriptions comparatives détaillées des frères ‘Cyclops’ et ‘Voodoo’ : https://www.aeoniumaustralia.com.au/
- Cactus and Succulent Society of America (CSSA) — publications spécialisées et bibliographie : https://cssainc.org/
Bibliographie
- Linné, C. (1753). Species Plantarum, vol. 1, p. 464. [Description originale de l’espèce parente Aeonium arboreum sous Sempervivum arboreum.]
- Webb, P.B. & Berthelot, S. (1840). Histoire naturelle des Îles Canaries, vol. 3, partie 2 : Phytographia Canariensis. [Description originale d’Aeonium undulatum et combinaison Aeonium arboreum.]
- Boom, B.K. (1959). [Description originale de Aeonium arboreum ‘Zwartkop’.] Succulenta, Pays-Bas.
- Praeger, R.L. (1932). An Account of the Sempervivum Group. Royal Irish Academy, Dublin.
- Liu, H.-Y. (1989). Systematics of Aeonium (Crassulaceae). National Museum of Natural Science Special Publication, n° 3, Taïwan, p. 1–102.
- International Succulent Introductions (1995). ISI 95-11. [Introduction officielle d’Aeonium ‘Cyclops’.]
- Bramwell, D. & Bramwell, Z. (2001). Wild Flowers of the Canary Islands. 2e édition. Editorial Rueda, Madrid.
- Eggli, U. & Newton, L.E. (2004). Etymological Dictionary of Succulent Plant Names. Springer, Berlin.
- Cristini, M. (2022). The genus Aeonium. Piante Grasse, vol. 42 (Supplément), p. 1–225.
- Messerschmid, T.F.E. et al. (2023). Inter- and intra-island speciation and their morphological and ecological correlates in Aeonium (Crassulaceae). Annals of Botany, vol. 131, n° 4, p. 697–722.
