Dasylirion miquihuanense

dasylirion miquihuanensis
Plante cultivée au Jardin zoologique tropical à La Londe-les-Maures (Var).

Dasylirion miquihuanense Bogler est l’un des sotols les plus imposants et les plus méconnus du genre Dasylirion. Décrit seulement en 1998, à l’issue de la monographie du genre par David John Bogler, il était jusqu’alors confondu avec Dasylirion texanum, dont l’explorateur texan Lyn Lowrey l’avait distingué sous l’appellation informelle de « forme arborescente de Dasylirion texanum ». La publication de Bogler dans Brittonia mit fin à l’ambiguïté en le reconnaissant comme une espèce nouvelle et bien distincte.

Ce qui distingue immédiatement Dasylirion miquihuanense de la plupart de ses congénères, c’est son tronc massif et élevé. Là où la majorité des sotols forment des rosettes au ras du sol ou sur un tronc court, Dasylirion miquihuanense développe avec l’âge un stipe robuste pouvant atteindre 2,5 mètres de hauteur — ce qui, surmonté de la couronne de feuilles et de la hampe florale, donne une plante de stature véritablement arborescente. Cet attribut, combiné à la beauté de son feuillage vert sombre lustré et à sa grande tolérance à la sécheresse et au froid, en fait un sujet architectural de premier plan pour les jardins exotiques et méditerranéens.

Endémique d’une zone géographiquement restreinte du nord-est du Mexique — les montagnes entourant Miquihuana, dans les États de Tamaulipas et du sud du Nuevo León —, Dasylirion miquihuanense reste rare en culture et encore très peu connu des amateurs européens. C’est pourtant l’un des sotols les plus spectaculaires et les plus résistants, qui mériterait d’être bien plus largement cultivé.

2. Taxonomie et nomenclature

2.1. Le genre Dasylirion

Le genre Dasylirion Zucc. comprend actuellement 23 espèces acceptées (POWO, 2025), toutes natives du Mexique, dont trois atteignent également le sud-ouest des États-Unis (Arizona, Nouveau-Mexique, Texas). Le nom générique provient du grec dasys (dense, rude) et leirion (lis), évoquant les rosettes rugueuses formées par les feuilles nombreuses et coriaces. Le nom commun « sotol » est partagé par toutes les espèces du genre, tant en espagnol qu’en anglais ; il désigne aussi l’alcool distillé produit à partir de plusieurs de ces espèces.

Le placement du genre a connu des révisions successives. Longtemps rattaché aux Agavaceae (avec les AgaveYucca et Furcraea), Dasylirion a été transféré par les analyses phylogénétiques moléculaires (Bogler, 1994, 1995, 1998) dans un clade incluant NolinaBeaucarnea et Calibanus, plus proche des DracaenaSansevieria et Liriope que des Agave et Yucca. Ce clade est aujourd’hui placé dans la famille des Asparagaceae, sous-famille Nolinoideae (anciennement Nolinaceae ou Ruscaceae selon les auteurs). C’est un résultat taxonomique contre-intuitif pour le jardinier, tant la ressemblance végétative avec les agaves est frappante — mais la biologie reproductive et les données moléculaires racontent une autre histoire.

2.2. Description originale et autorité

Dasylirion miquihuanense a été décrit par David John Bogler en 1998, dans un article de Brittonia (50 : 71–86) intitulé « Three new species of Dasylirion (Nolinaceae) from Mexico and a clarification of the D. longissimum complex ». L’holotype (Bogler 738) a été collecté le 13 mars 1990 à 5 miles au sud de Miquihuana, le long de la route vers Palmillas, dans l’État de Tamaulipas, à 1 830 mètres d’altitude. Il est déposé à l’herbier TEX (University of Texas at Austin), avec un isotype à MEXU (Universidad Nacional Autónoma de México).

L’épithète spécifique miquihuanense fait référence à la petite ville de Miquihuana, chef-lieu du municipio du même nom dans le sud-ouest de l’État de Tamaulipas, point central de l’aire de répartition de l’espèce dans la Sierra Madre Orientale.

2.3. Position au sein du genre : section Quadrangulatae

Dasylirion miquihuanense est placé dans la section Quadrangulatae, qui regroupe les espèces caractérisées par des feuilles à section basale quadrangulaire. Cette section inclut également Dasylirion quadrangulatum S. Watson et Dasylirion longissimum Lem., les deux fameux « grass trees » mexicains à feuilles étroites et sans épines marginales. Dasylirion miquihuanense se distingue cependant nettement de ces deux espèces par la présence d’épines marginales bien développées (absentes ou quasi absentes chez Dasylirion quadrangulatum et Dasylirion longissimum).

2.4. Confusion historique avec Dasylirion texanum

Avant la description formelle de Bogler, Dasylirion miquihuanense circulait dans les collections et les pépinières sous le nom de « forme arborescente de Dasylirion texanum ». Le collecteur texan Lyn Lowrey (1916–2000), figure majeure de l’horticulture du sud-ouest des États-Unis et fondateur des expéditions botaniques Yucca Do, fut l’un des premiers à identifier cette plante comme distincte du vrai Dasylirion texanum. Les graines et plants distribués par Peckerwood Gardens et Yucca Do Nursery ont joué un rôle majeur dans l’introduction de l’espèce en culture. Malgré l’apparence superficiellement similaire — rosettes vertes à feuilles épineuses —, Dasylirion miquihuanense se distingue de Dasylirion texanum par son tronc nettement plus développé, ses feuilles plus étroites et rigidement dressées, et ses épines marginales plus espacées.

2.5. Hybridation naturelle avec Dasylirion berlandieri

Dans les zones de chevauchement géographique, notamment autour de la région du Dr. Arroyo (Nuevo León), des hybrides naturels entre Dasylirion miquihuanense et Dasylirion berlandieri S. Watson ont été documentés. Ces deux espèces partagent une partie de leur aire de répartition dans le nord-est du Mexique, et des individus à caractères intermédiaires y sont observés, rendant l’identification difficile dans certaines populations de contact.

3. Description morphologique

3.1. Port général et tronc

Dasylirion miquihuanense est une plante succulente vivace, sempervirente, formant avec l’âge un tronc (stipe) ligneux, robuste et dressé. La hauteur du tronc varie de 20 cm chez les jeunes sujets à 2,5 mètres chez les spécimens les plus âgés, avec des mentions dans la littérature horticole allant jusqu’à 2,4 mètres (Juniper Level Botanic Garden, qui cite des troncs de 8 pieds = 2,45 m). Ce caractère arborescent, exceptionnel dans le genre, est l’un des traits les plus remarquables de l’espèce. Le tronc est couvert des bases persistantes des anciennes feuilles mortes, qui forment une « jupe » fibreuse caractéristique. Nettoyé de ses feuilles sèches, le stipe révèle une surface rugueuse et ligneuse rappelant celle d’un palmier ou d’un cycas.

La croissance est lente : Plant Delights Nursery rapporte qu’un spécimen de dix ans n’avait pas encore commencé à former un tronc. La patience est donc de mise avant d’obtenir le port arborescent spectaculaire qui fait la réputation de l’espèce.

3.2. Feuilles

Les feuilles sont disposées en une rosette terminale dense et sphérique au sommet du tronc. Elles sont étroites, linéaires, rigides et strictement dressées — un port nettement plus érigé que chez la majorité des autres Dasylirion, dont les feuilles tendent à s’arquer ou à retomber. Elles mesurent 70 à 100 cm de long pour 10 à 15 mm de large, avec une section basale quadrangulaire caractéristique de la section Quadrangulatae. La couleur est d’un vert sombre brillant, parfois légèrement bleuté, contrastant avec le vert grisâtre ou le bleu glauque de nombreuses autres espèces. La surface foliaire est lisse et lustrée.

Les marges foliaires portent des épines (piquants) espacées, orientées vers le haut (antrorses) pour la plupart, de couleur jaunâtre. L’espacement inhabituel de ces épines — plus lâche que chez la plupart des congénères — constitue l’un des caractères diagnostiques mentionnés par Bogler dans la description originale. L’apex foliaire se termine par une touffe fibreuse et frisée, caractéristique au stade juvénile.

3.3. Inflorescence et floraison

Comme tous les Dasylirion, l’espèce est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus séparés. L’inflorescence est une panicule allongée, dense, portée par un axe ligneux de 2 à 3 mètres de hauteur émergeant du centre de la rosette. Les fleurs, petites et très nombreuses, sont de couleur olive à brun clair (tan). La floraison intervient de mars à mai dans l’habitat naturel.

Point essentiel qui distingue les Dasylirion des agaves : les sotols sont polycarpiques, c’est-à-dire que la rosette ne meurt pas après la floraison. Un individu peut fleurir de nombreuses fois au cours de sa vie, ce qui confère à l’espèce un potentiel de longévité considérable — plusieurs décennies, voire davantage.

3.4. Fruits et graines

Les fruits sont des capsules elliptiques à ovoïdes, de couleur brun clair, mesurant 6 à 7 mm de long et 5 à 6,5 mm de large, contenant chacune une graine unique. Les graines sont triangulaires (triquètres), de 3 mm de long et 2,5 mm de large. La pollinisation est assurée par le vent et les insectes.

4. Distribution et habitat naturel

4.1. Aire de répartition

Dasylirion miquihuanense est une endémique stricte du nord-est du Mexique, dont l’aire de répartition est limitée au sud-ouest de l’État de Tamaulipas et au sud du Nuevo León. Cette zone correspond aux contreforts orientaux de la Sierra Madre Orientale, dans la région montagneuse entourant les localités de Miquihuana et de Palmillas (Tamaulipas). L’espèce est géographiquement isolée du reste du genre, ce qui explique qu’elle soit restée longtemps méconnue des botanistes.

4.2. Habitat et écologie

Dasylirion miquihuanense pousse dans des prairies ouvertes et des matorrals rocheux (végétation arbustive semi-aride), sur des sols calcaires et pierreux, entre 1 700 et 1 900 mètres d’altitude (la localité type se situe à 1 830 m). Le climat de ces stations est continental aride de montagne : étés chauds, hivers froids avec des gelées fréquentes et parfois sévères, précipitations concentrées sur la saison estivale.

Les espèces végétales compagnes les plus caractéristiques de son habitat comprennent Agave striata Zucc., Agave lecheguilla Torr. et Yucca filifera Chabaud — un cortège floristique typique des matorral désertiques rosetophiles de la Sierra Madre Orientale, l’un des écosystèmes les plus riches en succulentes et xérophytes du Mexique.

5. Conservation et menaces

Menace émergente : l’industrie du sotolL’essor de la production de sotol (alcool distillé à partir du cœur des Dasylirion) met sous pression croissante les populations sauvages de plusieurs espèces du genre. Contrairement aux agaves à tequila, qui sont désormais largement cultivés en ferme, les Dasylirion destinés à la production de sotol sont encore majoritairement prélevés dans la nature. Or, la croissance extrêmement lente de ces plantes (12 à 30 ans pour atteindre la maturité de récolte) rend les prélèvements difficilement soutenables.

Dasylirion miquihuanense ne bénéficie pas à ce jour d’une évaluation formelle de l’UICN. Son aire de répartition très restreinte (quelques municipios du Tamaulipas et du Nuevo León) et sa lenteur de croissance le rendent cependant intrinsèquement vulnérable. Bien que le sotol soit principalement produit à partir d’autres espèces (Dasylirion wheeleriDasylirion durangenseDasylirion cedrosanum), l’expansion de cette industrie dans de nouvelles régions pourrait à terme menacer des espèces à aire restreinte comme Dasylirion miquihuanense.

Par ailleurs, le changement d’usage des terres (élevage extensif de caprins et bovins, extraction de calcaire) et la collecte de plants sauvages pour le commerce horticole constituent des menaces potentielles pour les populations naturelles. La culture ex situ dans les jardins botaniques et les collections privées joue un rôle de conservation important pour cette espèce rare.

6. Guide de culture

Fiche de culture résuméeRusticité : −9 à −12 °C (zones USDA 8a à 10b) · Exposition : plein soleil impératif · Sol : très drainant, calcaire accepté · Arrosage : très modéré, xérophyte · Croissance : lente · Floraison : polycarpique (ne meurt pas après la floraison).

6.1. Exposition et luminosité

Dasylirion miquihuanense est une plante de plein soleil absolu. Elle nécessite un ensoleillement direct maximal — au minimum 6 à 8 heures par jour, et idéalement la totalité de la journée. Les plantes cultivées à l’ombre déclinent progressivement, développent un feuillage allongé et mou, perdent leur port compact caractéristique et finissent par dépérir. C’est une espèce qui, dans son habitat naturel, pousse sur des pentes rocheuses entièrement exposées au soleil et au vent : il faut reproduire ces conditions en culture.

6.2. Sol et substrat

Le drainage est la condition absolue de réussite. Dans son habitat, Dasylirion miquihuanense pousse sur des sols calcaires, pierreux et superficiels. En culture, on utilisera un substrat très minéral : terre de jardin légère à graveleuse, sable grossier, pouzzolane, pierre ponce ou gravier calcaire, dans une proportion de 60 à 80 % de matériaux drainants. L’espèce tolère parfaitement les sols calcaires et alcalins — un avantage considérable pour les jardiniers méditerranéens confrontés aux sols naturellement basiques. Les sols argileux, lourds et rétenteurs d’eau en hiver sont à proscrire formellement.

6.3. Arrosage

Espèce authentiquement xérophyte, Dasylirion miquihuanense nécessite très peu d’eau. En pleine terre en climat méditerranéen, les pluies naturelles suffisent amplement une fois la plante établie (après 1 à 2 ans). Un arrosage d’appoint occasionnel en été accélère la croissance mais n’est pas nécessaire à la survie. L’excès d’arrosage, en particulier sur la couronne (le cœur de la rosette), est beaucoup plus dangereux que le manque d’eau : il provoque des pourritures du collet souvent fatales. En pot, laisser le substrat sécher complètement entre deux arrosages et réduire drastiquement en hiver.

6.4. Température et rusticité

La rusticité au froid de Dasylirion miquihuanense est un atout majeur. Originaire de stations montagnards entre 1 700 et 1 900 mètres d’altitude, l’espèce est habituée aux gelées hivernales de son habitat naturel. Les estimations de rusticité varient selon les sources : Spadefoot Nursery indique −9 °C (15 °F), d’autres sources suggèrent une tolérance pouvant atteindre −12 °C en sol parfaitement sec. L’espèce est cultivable en zone USDA 8a et au-delà.

En pratique, pour le jardinier méditerranéen, Dasylirion miquihuanense est cultivable en pleine terre sur le littoral de la Côte d’Azur, en Corse, dans le Var, les Bouches-du-Rhône, l’Hérault et le Gard, en Italie méridionale (Sardaigne, Sicile, Calabre, Ligurie abritée), en Espagne méditerranéenne et aux Canaries. Dans les zones plus froides ou plus humides, la culture en grand bac avec hivernage hors gel est recommandée.

Zone climatiqueMode de cultureProtection hivernale
Côte d’Azur, littoral varois, CorsePleine terreAucune ou voile en cas de gel exceptionnel
Provence intérieure, LanguedocPleine terre possibleDrainage parfait + sol sec en hiver
Italie méridionalePleine terreProtection légère en altitude
Climat continental (Lyon, Paris)Bac uniquementHivernage en serre froide lumineuse
Îles Canaries, sud de l’EspagnePleine terre sans souciAucune

6.5. Entretien

L’entretien est minimal. On peut retirer les feuilles mortes qui forment la « jupe » autour du tronc pour mettre en valeur le stipe, ou au contraire les conserver pour un aspect plus naturel et une meilleure protection du tronc contre le soleil intense. La fertilisation est rarement nécessaire ; en pot, un apport très léger d’engrais pauvre en azote au printemps (formule type 5-10-10) peut accompagner la reprise. Le rempotage se fait tous les 3 à 5 ans.

6.6. Utilisation paysagère

Dasylirion miquihuanense est une plante architecturale de premier ordre. Avec l’âge, son tronc élevé surmonté d’une rosette sphérique de feuillage vert sombre crée une silhouette évoquant un palmier ou un cycas — une présence structurante dans le jardin. Il excelle en spécimen isolé, en point focal dans un massif de graviers, en jardin de rocaille ou en composition xérophyte. Les associations les plus réussies le marient avec des Agave à rosettes basses (Agave parryiAgave ovatifolia), des Yucca arborescents (Yucca rostrataYucca rigida), des Hesperaloe, des oponces et des graminées ornementales (Muhlenbergia capillarisNassella tenuissima). En pot ou en grand bac, il constitue un sujet décoratif remarquable pour les terrasses et les patios.

7. Multiplication

7.1. Par semis

Le semis est le principal mode de multiplication de Dasylirion miquihuanense. Les graines se sèment au printemps, en surface d’un substrat très drainant (sable grossier/perlite), à une température de 20 à 25 °C. La germination intervient en 2 à 6 semaines. Les plantules sont initialement très petites et à croissance lente ; il faut compter plusieurs années avant d’obtenir un sujet de taille significative. La disponibilité de graines reste limitée, les principaux fournisseurs étant les pépinières spécialisées américaines (Plant Delights Nursery, Yucca Do, Spadefoot Nursery) et quelques semenciers européens.

Rappelons que l’espèce est dioïque : il faut des individus mâles et femelles pour produire des graines viables. En collection isolée avec un seul spécimen, la production de graines est impossible.

7.2. Par division

Contrairement à certains Dasylirion qui rejettent occasionnellement à la base, Dasylirion miquihuanense ne produit généralement pas de rejets. La division n’est donc pas une méthode de multiplication viable pour cette espèce.

8. Maladies et ravageurs

8.1. Pourriture du collet et des racines

Le problème phytosanitaire majeur de tous les Dasylirion est la pourriture du collet et des racines, provoquée par des champignons des genres PhytophthoraFusarium et Pythium. L’excès d’humidité, en particulier l’eau stagnante au niveau de la couronne (le cœur de la rosette) et un substrat mal drainé en hiver, sont les principaux facteurs déclenchants. Curieusement, l’eau de pluie naturelle semble moins nocive que l’eau d’arrosage dirigée sur la couronne — peut-être en raison de la différence de température ou de la dispersion plus fine des gouttelettes. La prévention repose sur un drainage irréprochable, l’arrêt quasi total de l’arrosage en hiver, et le choix d’un emplacement en pente légère favorisant l’écoulement.

8.2. Cochenilles

Les cochenilles farineuses peuvent coloniser la base des feuilles et le cœur de la rosette. Un traitement à l’huile de paraffine ou au savon noir, répété si nécessaire, permet généralement de contrôler les infestations.

8.3. Dégâts de gel

Un gel modéré provoque un brunissement des extrémités foliaires, sans conséquence à long terme. Un gel sévère et prolongé (en dessous de −12 °C ou en sol humide) peut endommager le cœur de la rosette et provoquer la mort de la plante. Le maintien d’un sol parfaitement sec en hiver améliore considérablement la résistance au froid.

8.4. Rétraction racinaire en sol très sec

En sol extrêmement sec et aéré, le système racinaire peut se rétracter et se dessécher partiellement, rendant la plante instable et facile à déraciner. Ce phénomène, noté dans la littérature horticole américaine, est surtout préoccupant chez les jeunes sujets pas encore solidement ancrés. Il devient négligeable avec l’âge et la taille de la plante.

9. Usages traditionnels et sotol

9.1. Le sotol : alcool ancestral du désert

Le genre Dasylirion est intimement lié à la production du sotol, un alcool distillé produit à partir du cœur (piña) de la plante, selon un procédé similaire à celui du mezcal (produit à partir d’agaves). Le sotol est la boisson traditionnelle des États mexicains de Chihuahua, Coahuila et Durango, et bénéficie d’une dénomination d’origine (DO) depuis 2002. Les peuples autochtones du désert de Chihuahua — Jumano Pueblos, Lipan Apache, Rarámuri — produisaient cette boisson depuis des siècles, parfois sous forme de bière fermentée dès il y a 800 ans.

Les espèces les plus utilisées pour la production de sotol sont Dasylirion wheeleriDasylirion durangenseDasylirion cedrosanum et Dasylirion leiophyllumDasylirion miquihuanense, en raison de sa rareté et de son aire restreinte, ne fait pas partie des espèces commercialement exploitées pour le sotol — mais les pressions croissantes de l’industrie pourraient changer la donne.

9.2. Usages alimentaires et artisanaux

Comme chez les autres espèces du genre, le cœur de Dasylirion miquihuanense était traditionnellement cuit ou rôti dans des fosses tapissées de pierres par les peuples autochtones, puis séché et broyé en farine pour la confection de galettes. Les hampes florales peuvent être consommées rôties, bouillies ou crues. Les feuilles, fibreuses et résistantes, servaient au tressage de chapeaux, de nattes et de paniers, ainsi qu’au chaumage des toitures.

10. Comparaison avec Dasylirion wheeleri et Dasylirion texanum

Le tableau suivant présente les différences clés entre Dasylirion miquihuanense et les deux espèces de Dasylirion les plus couramment cultivées en Europe et en Amérique du Nord.

CaractèreDasylirion miquihuanenseDasylirion wheeleriDasylirion texanum
AutoritéBogler (1998)S. Watson ex Rothr. (1879)Scheele (1849)
Nom vernaculaireSotol arborescent, Miquihuana Grass TreeDesert Spoon, Cuillère du désertTexas Sotol
DistributionTamaulipas, sud du Nuevo León (Mexique)Arizona, Nouveau-Mexique, Texas (USA) ; Chihuahua, Sonora (Mexique)Texas (USA) ; Coahuila (Mexique)
Altitude1 700 – 1 900 m900 – 2 000 m300 – 1 500 m
Hauteur du tronc0,2 – 2,5 m (le plus arborescent)0 – 0,5 m (tronc court)0 – 0,3 m (quasi acaule)
Longueur des feuilles70 – 100 cm60 – 100 cm60 – 90 cm
Largeur des feuilles10 – 15 mm (étroites)15 – 25 mm10 – 20 mm
Section basaleQuadrangulaireAplatie (non quadrangulaire)Aplatie à légèrement carénée
Couleur du feuillageVert sombre lustré, parfois légèrement bleutéBleu-gris argenté (glauque)Vert à vert-gris
Port des feuillesRigidement dressées, verticalesÉtalées puis recourbéesÉtalées, légèrement tordues
Épines marginalesEspacées, antrorses (vers le haut), jaunâtresDenses, bidirectionnelles, base élargie en « cuillère »Petites, antrorses
Apex foliaireTouffe frisée/fibreuseFibre effilochéeFibre effilochée
Inflorescence2 – 3 m3 – 5 m2 – 4 m
Rusticité−9 à −12 °C−12 à −18 °C−12 à −15 °C
Tolérance sécheresseTrès bonneExcellenteTrès bonne
Disponibilité en cultureRare (pépinières spécialisées)Très couranteCourante (Texas, sud des USA)

En résumé, Dasylirion miquihuanense se distingue de ses deux congénères les plus cultivés par trois caractères majeurs : un tronc nettement plus élevé (jusqu’à 2,5 m vs 0,5 m maximum chez Dasylirion wheeleri), des feuilles rigidement dressées (vs étalées ou recourbées), et une couleur vert sombre lustré contrastant avec le bleu-gris argenté de Dasylirion wheeleri. En contrepartie, sa rusticité au froid est légèrement inférieure à celle de Dasylirion wheeleri, et sa disponibilité en culture reste limitée.

Pour le jardinier méditerranéen cherchant un sotol à port véritablement arborescent, capable de rivaliser en présence architecturale avec un Yucca rostrata ou un jeune palmier, Dasylirion miquihuanense est un choix supérieur à Dasylirion wheeleri — à condition de trouver un fournisseur de graines ou de plants.

11. Bibliographie

Bogler, D.J. (1994). Taxonomy and Phylogeny of Dasylirion (Nolinaceae). Thèse de doctorat, University of Texas at Austin, 583 pp.

Bogler, D.J. (1995). Systematics of Dasylirion: Taxonomy and molecular phylogeny. Boletín de la Sociedad Botánica de México, 56, 69–76.

Bogler, D.J. (1998). Three new species of Dasylirion (Nolinaceae) from Mexico and a clarification of the D. longissimum complex. Brittonia, 50(1), 71–86.

Bogler, D.J. (2002). DasylirionIn : Flora of North America Editorial Committee (éd.), Flora of North America North of Mexico, vol. 26, p. 423. Oxford University Press.

Bogler, D.J. & Simpson, B.B. (1996). Phylogeny of Agavaceae based on ITS rDNA sequence variation. American Journal of Botany, 83, 1225–1235.

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Hochstätter, F. (2011). The Genus Dasylirion (Nolinaceae), part 2. Piante Grasse, 31(3), 119–120.

Trelease, W. (1911). The desert group Nolineae. Proceedings of the American Philosophical Society, 50, 404–442.

Article rédigé pour succulentes.net · Tous droits réservés · Dernière mise à jour : mars 2026

Les noms scientifiques sont présentés conformément au Code international de nomenclature pour les algues, les champignons et les plantes (Code de Shenzhen, 2018).