Parmi les quarante espèces que compte aujourd’hui le genre Aeonium, Aeonium arboreum occupe une place singulière. C’est elle, et elle seule, qui a donné son nom commun au genre — la « rose arborescente » des îles atlantiques, le Sempervivum arboreum que Linné connaissait dès 1753 à partir de plantes cultivées dans les jardins européens. C’est elle qui, seule parmi les Aeonium, a colonisé naturellement le continent africain. C’est elle, enfin, qui a fourni à l’horticulture mondiale le plus célèbre de tous les cultivars de succulentes ornementales — la « rose noire » Aeonium arboreum ‘Zwartkop’. Cette page présente l’espèce dans son ensemble, sa répartition géographique complexe, ses trois sous-espèces actuellement reconnues par Plants of the World Online (POWO), et le panorama de ses principaux cultivars ornementaux, chacun renvoyant à une fiche dédiée pour qui souhaite approfondir.
Place dans le genre Aeonium
Le genre Aeonium Webb & Berthel. compte une quarantaine d’espèces, presque toutes endémiques des archipels macaronésiens (Canaries, Madère, Cap-Vert), à l’exception notable de deux espèces est-africaines (Aeonium leucoblepharum et Aeonium stuessyi) et d’une sous-espèce continentale décrite ci-après. Au sein de ce genre, Aeonium arboreum appartient à la section Aeonium, qui regroupe les espèces arborescentes à port dressé, à tiges grêles et ramifiées, à rosettes terminales relativement compactes. Cette section comprend également Aeonium balsamiferum, Aeonium percarneum, Aeonium undulatum et quelques autres taxons proches, avec lesquels Aeonium arboreum peut s’hybrider naturellement et horticulturalement — d’où l’origine probable de plusieurs cultivars commerciaux dont nous discuterons plus loin.
Les analyses moléculaires récentes (Messerschmid et al., 2023) confirment la cohésion de cette section et la position centrale d’Aeonium arboreum, qui apparaît comme une espèce-souche à partir de laquelle plusieurs lignées insulaires se sont individualisées par radiation adaptative. La large variabilité morphologique observée dans les populations sauvages — du port compact à l’allongé, des feuilles vertes franches au pourpre rougeâtre, de la rosette plate à la rosette presque sphérique — traduit cette histoire évolutive complexe et reflète une plasticité génétique qui a aussi alimenté la richesse cultivariale de l’espèce.
Description morphologique
Aeonium arboreum est un sous-arbrisseau succulent persistant, dressé à étalé, atteignant en pleine terre des hauteurs comprises entre 60 centimètres et 2 mètres selon les sous-espèces, l’âge du sujet et les conditions de culture. Les tiges sont cylindriques, lisses, gris-brun, de 1 à 3 centimètres de diamètre, ramifiées dès la base et le long du tronc, sans dessin réticulé caractéristique (ce qui distingue l’espèce de plusieurs Aeonium à tronc à motifs).
Les rosettes terminales, larges de 10 à 25 centimètres, sont composées de feuilles obovales à oblancéolées (en forme de pelle ou de spatule), épaisses de 1,5 à 3 millimètres seulement — caractère succulent modéré qui distingue le genre Aeonium de la majorité des autres Crassulacées. Chaque feuille mesure 5 à 15 centimètres de long sur 2,5 à 5 centimètres de large, avec un sommet arrondi à brièvement apiculé et une base atténuée. La marge foliaire porte une fine ciliature (cils incurvés, courts mais visibles à la loupe), caractère diagnostique constant du genre. La surface foliaire est lisse à légèrement luisante, glabre dans les formes typiques, plus rarement faiblement pubescente glandulaire (caractère diagnostique de la sous-espèce marocaine).
La couleur des feuilles dans les populations sauvages varie du vert franc au vert glauque, parfois teintée de rose ou de rouge sur les marges chez les sujets exposés au plein soleil et à des conditions sèches prolongées. Les formes véritablement pourpres sont rares dans la nature ; elles relèvent presque exclusivement de la sélection horticole.
L’inflorescence est une panicule terminale conique à ovoïde, de 10 à 30 centimètres de long, portant de très nombreuses petites fleurs étoilées de 1 centimètre de diamètre, à corolle jaune doré vif, à neuf à onze pétales linéaires-lancéolés, à étamines saillantes. La floraison est printanière (mars à mai dans l’aire native, février à avril en culture méditerranéenne) et chaque rosette qui fleurit meurt ensuite — Aeonium arboreum est monocarpique au niveau de la rosette, mais l’individu, grâce à la ramification de sa charpente, persiste plusieurs décennies.
Aire de répartition et écologie
L’aire de répartition naturelle de Aeonium arboreum est aujourd’hui clairement établie après plusieurs décennies de débats taxonomiques. L’espèce est endémique d’une partie de la Macaronésie et du sud-ouest marocain. Plus précisément, son aire native couvre :
- Le nord et le centre de l’île de Grande Canarie (sous-espèce type) ;
- L’ensemble des autres îles occidentales des Canaries — Tenerife, La Gomera, La Palma, El Hierro (sous-espèce holochrysum) ;
- Les chaînes côtières et l’Anti-Atlas occidental du Maroc (sous-espèce korneliuslemsii).
L’espèce est par ailleurs largement naturalisée dans tout le bassin méditerranéen et au-delà : Madère, Açores, Algérie, Tunisie, Baléares, Sardaigne, Sicile, Grèce, Crète, Portugal continental, Espagne, sud de la France, Californie, Tasmanie, Nouvelle-Zélande, archipel Juan Fernández. Ces populations subspontanées résultent presque toujours d’échappements horticoles séculaires, parfois si anciens (au moins depuis le XVIe siècle pour la Méditerranée européenne) que le statut « natif » versus « introduit » est aujourd’hui difficile à trancher pour certaines stations.
Dans son aire native, Aeonium arboreum occupe une diversité d’habitats : falaises côtières, escarpements rocheux, ravines volcaniques, vieux murs, lisières de laurisylve. Les sols sont typiquement basaltiques, drainants, peu profonds, parfois purement minéraux dans les fentes de rocher. L’espèce supporte une plage altitudinale allant du niveau de la mer à environ 1 200 mètres, avec un optimum entre 200 et 800 mètres — la zone des brouillards d’altitude moyenne aux Canaries, qui apporte une humidité atmosphérique régulière sans pluies estivales abondantes.
Les trois sous-espèces acceptées par POWO
La taxonomie infraspécifique d’Aeonium arboreum a fait l’objet de révisions importantes au cours des cinquante dernières années. La synthèse de Liu (1989), reprise et actualisée par Cristini (2022) et adoptée par Plants of the World Online (POWO, Royal Botanic Gardens, Kew), reconnaît aujourd’hui trois sous-espèces :
Aeonium arboreum subsp. arboreum
La sous-espèce type, à laquelle se rapporte le binôme linnéen historique. Endémique du nord et du centre de la Grande Canarie, elle est associée aux falaises basaltiques humides, aux ravines (« barrancos ») et aux abords de la laurisylve relictuelle. Elle est caractérisée par :
- Un port arborescent typique, avec des tiges atteignant 1 à 2 mètres ;
- Des feuilles vert franc à vert glauque, entièrement glabres ;
- Un calice et des rameaux d’inflorescence glabres (caractère diagnostique vis-à-vis de subsp. korneliuslemsii) ;
- Une marge foliaire ciliée, sans denticulation marquée.
De nombreux noms désormais synonymes ont été appliqués à cette sous-espèce : Aeonium manriqueorum Bolle, Aeonium doramae Webb ex A.Berger, et plusieurs anciennes variétés (albovariegatum, luteovariegatum) qui sont aujourd’hui considérées comme de simples cultivars sans valeur taxonomique.
Aeonium arboreum subsp. holochrysum (H.Y.Liu) Bañares
Décrite originellement par Hsiu-Ying Liu en 1989 au rang d’espèce (Aeonium holochrysum) puis abaissée au rang de sous-espèce par Bañares, cette sous-espèce a la plus large distribution canarienne. Elle occupe Tenerife, La Gomera, La Palma et El Hierro — toutes les îles occidentales des Canaries à l’exception de la Grande Canarie, où elle est remplacée par la sous-espèce type. Ses caractéristiques :
- Port souvent plus compact et plus densément ramifié que la sous-espèce type ;
- Feuillage vert frais à jaune-vert, parfois teinté de rouge sur les marges en exposition extrême ;
- Inflorescence souvent plus grande et plus florifère ;
- Hauteur typique 60 cm à 1,5 m.
Une partie de la littérature horticole continue d’utiliser le binôme Aeonium holochrysum au rang spécifique. Selon POWO, le nom valide est aujourd’hui Aeonium arboreum subsp. holochrysum.
Aeonium arboreum subsp. korneliuslemsii (H.Y.Liu) Dobignard
La seule sous-espèce continentale du genre Aeonium tout entier. Endémique du sud-ouest marocain — côte atlantique et Anti-Atlas occidental, dans la même région biogéographique que Dracaena draco subsp. ajgal — elle a été décrite par H.Y. Liu en 1989 au rang d’espèce, puis abaissée au rang de sous-espèce par Dobignard. Ses caractères distinctifs :
- Calice et rameaux d’inflorescence glanduleux-pubescents (différent de subsp. arboreum et subsp. holochrysum, glabres) ;
- Cils marginaux des feuilles légèrement plus prononcés et marges parfois finement denticulées ;
- Port compact et abondamment ramifié ;
- Réputation d’une rusticité légèrement supérieure aux sous-espèces canariennes, vraisemblablement liée à l’altitude et aux gels hivernaux occasionnels rencontrés dans son aire native.
C’est une sous-espèce qui mérite une attention particulière des collectionneurs et jardiniers méditerranéens : sa rareté en culture, son intérêt biogéographique exceptionnel (seul Aeonium du continent africain) et sa robustesse en font un sujet de choix pour les jardins secs.
Principaux cultivars rattachés à Aeonium arboreum
De très nombreux cultivars sont commercialisés sous le binôme Aeonium arboreum. Une partie d’entre eux sont des sélections clonales authentiques de l’espèce ; d’autres sont des hybrides, parfois interspécifiques, dont la parenté exacte n’est pas toujours documentée. Le panorama qui suit recense les cultivars les plus largement diffusés et clairement rattachés à Aeonium arboreum ou à sa lignée immédiate.
Aeonium arboreum ‘Zwartkop’
Le cultivar emblème du genre. Mutant somatique repéré dans une pépinière de Leyde et formellement décrit par B.K. Boom en 1959 dans la revue Succulenta. Rosettes pourpre-bourgogne très foncées à presque noires en plein soleil, distinguées par l’Award of Garden Merit de la Royal Horticultural Society en 1993. Synonymes commerciaux : ‘Schwarzkopf’, ‘Black Rose’, ‘Black Beauty’, ‘Arnold Schwarzkopff’. Constitue à lui seul une part majeure de la notoriété horticole de l’espèce — voir la fiche dédiée pour un traitement approfondi.
Aeonium arboreum ‘Atropurpureum’
Cultivar à feuillage pourpre rougeâtre, plus clair et moins uniformément sombre que ‘Zwartkop’. Le cœur de la rosette reste généralement vert ou vert tendre, et l’extérieur prend une teinte bordeaux à pourpre violacé sous forte exposition. Historiquement traité parfois comme Aeonium arboreum var. atropurpureum (rang botanique) ; aujourd’hui considéré comme un cultivar sans valeur taxonomique formelle. Peut représenter le « réservoir » d’où ‘Zwartkop’ a émergé par mutation. Plus tolérant à l’ombre que ‘Zwartkop’ tout en conservant une bonne pigmentation. Souvent commercialisé sous le nom anglais Black Beauty Aeonium, source de confusion avec ‘Zwartkop’.
Aeonium arboreum ‘Variegatum’
Cultivar panaché, à feuilles vertes marquées de larges plages crème, jaune-pâle ou blanc-vert. La panachure résulte d’une mutation chimérique stable, transmissible uniquement par voie végétative. Plante moins vigoureuse que le type sauvage, à croissance plus lente, mais d’un grand intérêt ornemental en composition. Plusieurs sélections existent sous des noms voisins : ‘Albovariegatum’ (à panachure blanche), ‘Luteovariegatum’ (à panachure jaune), ‘Magnificum’ (à panachure plus marquée). POWO place plusieurs de ces noms en synonymie de l’espèce, mais ils restent utilisés en nomenclature horticole.
Aeonium arboreum ‘Velour’
Cultivar à feuillage pourpre velouté, à mi-chemin entre ‘Atropurpureum’ et ‘Zwartkop’ en termes d’intensité chromatique. Souvent décrit comme légèrement plus mat que ‘Zwartkop’, d’où son nom. Origine incertaine ; plusieurs sources le considèrent comme un hybride avec Aeonium canariense ou Aeonium undulatum, et il est parfois commercialisé comme Aeonium ‘Velour’ sans précision spécifique. Sa parenté n’étant pas pleinement documentée, le rattachement à Aeonium arboreum est partiel.
Aeonium arboreum ‘Cyclops’
Cultivar à très grandes rosettes pouvant atteindre 20 centimètres de diamètre, à feuillage rouge-bronze à pourpre avec un cœur nettement vert. Considéré par la majorité des sources comme un hybride Aeonium arboreum × Aeonium undulatum, sélectionné aux jardins de Huntington (Californie). Plus grand, plus vigoureux et plus rouge que ‘Zwartkop’, avec un contraste vert-pourpre marqué qui le distingue immédiatement. Une forme « green » (cœur vert et marges rouges peu marquées) circule également dans le commerce. Bien que techniquement hybride, ‘Cyclops’ est presque toujours commercialisé sous le nom Aeonium arboreum ‘Cyclops’ et fait partie intégrante du panorama cultivarial de l’espèce.
Cultivars apparentés et précisions taxonomiques
Plusieurs cultivars de Aeonium très répandus dans le commerce ne sont pas des cultivars d’Aeonium arboreum, malgré une fréquente confusion :
- ‘Sunburst’ est un cultivar d’Aeonium davidbramwellii (anciennement Aeonium decorum), non d’Aeonium arboreum.
- ‘Kiwi’ est un cultivar d’Aeonium percarneum (ou hybride à parenté incertaine), non d’Aeonium arboreum.
- ‘Mardi Gras’ est un hybride de jardin de filiation incertaine, parfois rattaché à Aeonium arboreum dans le commerce mais sans confirmation taxonomique.
- ‘Blushing Beauty’ est un hybride de jardin (probablement Aeonium ‘Cyclops’ × Aeonium leucoblepharum), parfois listé sous Aeonium arboreum par confusion.
Le distinguo a son importance pour la culture : ces cultivars apparentés peuvent présenter des exigences de rusticité, de rythme saisonnier et de préférences lumineuses différentes de celles d’Aeonium arboreum.
Culture en climat méditerranéen
Aeonium arboreum est l’un des Aeonium les plus tolérants en culture, et l’un des plus aisément acclimatés en jardin méditerranéen. Les principes généraux de culture du genre s’appliquent : croissance hivernale, dormance estivale, plein soleil pour la couleur, drainage parfait pour la santé.
Exposition
Plein soleil dans la majeure partie de la France méditerranéenne, soleil du matin avec ombre légère l’après-midi dans les arrière-pays les plus chauds (Provence intérieure, Languedoc continental). Les cultivars à feuillage sombre exigent davantage de soleil que les formes vertes pour développer leur pigmentation maximale. À l’intérieur, derrière une baie vitrée bien éclairée plein sud uniquement.
Substrat et drainage
Substrat parfaitement drainant. Mélange standard pour Crassulacées : 50 % de terreau de qualité, 50 % de matériau drainant (perlite, pumice, pouzzolane fine). En pleine terre, sur sols argileux ou peu drainants, plantation sur butte, en rocaille ou en bord de muret avec amendement minéral généreux. Le drainage prime absolument : Aeonium arboreum tolère bien la sécheresse mais très mal la stagnation hydrique racinaire, surtout en période de dormance.
Arrosage
Saison de croissance (automne, hiver, printemps en climat méditerranéen) : arroser abondamment lorsque les deux ou trois premiers centimètres du substrat sont secs. En pot, fréquence typique de 7 à 14 jours selon la chaleur et l’aération. En pleine terre méditerranéenne, les pluies hivernales suffisent généralement aux sujets bien établis.
Dormance estivale (juin à août/septembre, lorsque les températures dépassent durablement 30 °C) : arrosages très réduits, voire suspendus pour les sujets en pleine terre. La plante se met au ralenti, les rosettes se referment partiellement, certaines feuilles externes peuvent jaunir et tomber — phénomène normal qu’il ne faut pas chercher à corriger par des arrosages supplémentaires, lesquels provoquent au contraire des pourritures.
Fertilisation
Engrais liquide équilibré pour plantes succulentes, dilué de moitié, mensuel pendant la saison de croissance uniquement. Aucune fertilisation en dormance estivale. Sur des sujets bien établis en pleine terre méditerranéenne, la fertilisation est rarement nécessaire.
Taille et conduite
L’espèce développe naturellement, avec l’âge, une silhouette de petit arbuste à tronc grêle et rosettes terminales, parfois qualifiée de « palmier en miniature » pour les vieux sujets dénudés à la base. On peut étêter les rosettes (boutures de 10 à 15 cm) en fin d’automne pour rajeunir un sujet déséquilibré ou trop élancé : la souche se ramifie en réponse à la coupe, et les boutures prélevées s’enracinent sans difficulté. C’est aussi la méthode standard de propagation conservatoire d’un cultivar d’intérêt.
Multiplication
Deux modalités sont praticables, avec des usages bien distincts selon le matériel végétal considéré :
- Boutures de tige. Méthode universelle pour Aeonium arboreum, indispensable pour tous les cultivars (qui doivent être maintenus par voie végétative pour rester conformes au type). Couper une tige de 10 à 15 cm portant une rosette, laisser cicatriser à l’air libre 3 à 5 jours, planter en substrat drainant, maintenir à l’ombre légère, racines en 2 à 4 semaines. Taux de réussite supérieur à 90 %.
- Semis. Possible pour multiplier l’espèce sauvage à partir de graines récoltées sur des sujets en pleine fructification. Inutilisable pour les cultivars (les descendants ségrégent vers les caractères du type sauvage). Semer les graines fines en surface d’un substrat drainant et stérile, sans recouvrir, à 18–22 °C, avec lumière constante. Germination en 2 à 6 semaines. Taux de levée souvent modeste.
Maladies, ravageurs et accidents physiologiques
L’espèce est globalement robuste, mais quelques problèmes méritent vigilance, en particulier sur les sujets en pot ou en serre :
- Pucerons au printemps, sur jeunes pousses et hampes florales — pulvérisation savonneuse ou auxiliaires.
- Cochenilles farineuses en serre et intérieur, dans les aisselles foliaires — alcool isopropylique à 70 % ou produit spécifique.
- Acarien des galles de l’Aeonium, qui provoque des déformations ligneuses irréversibles des rosettes — pas de traitement curatif, suppression des parties atteintes.
- Pourritures fongiques liées au surarrosage estival — prévention par drainage et discipline d’arrosage.
- Brûlures solaires en cas de canicule prolongée, surtout sur cultivars sombres — ombrage léger temporaire.
- Décoloration du feuillage chez les cultivars pigmentés cultivés en luminosité insuffisante — relocalisation en plein soleil.
Rusticité
L’espèce Aeonium arboreum est peu rustique. Les seuils suivants, établis sur sujets adultes en conditions sèches, font consensus dans la littérature horticole :
- −1 °C : seuil de prudence ; protection souhaitable au-delà.
- −2 à −3 °C : apparition des premières lésions foliaires (taches translucides, ramollissement) ; survie possible des sujets bien établis avec perte d’une partie du feuillage.
- −4 °C ou en deçà : dégâts sévères probables, perte intégrale du feuillage et risque de mort de la charpente.
Ces seuils placent Aeonium arboreum à la limite de la culture en pleine terre dans le sud de la France métropolitaine. La frange la plus chaude du littoral méditerranéen — Côte d’Azur, Hyères, presqu’île de Giens, Cap d’Antibes, Corse littorale, Côte Vermeille — autorise des plantations en pleine terre dans des microclimats abrités. Partout ailleurs en France, la culture en pot avec hivernage sous abri lumineux non gélif reste la solution la plus sûre.
L’humidité hivernale aggrave considérablement la sensibilité au gel : un froid de −3 °C en air sec est mieux toléré qu’un froid de −1 °C accompagné de pluie persistante. Une couverture temporaire ou un toit léger pendant les épisodes froids et humides protège efficacement les sujets en pleine terre. La sous-espèce korneliuslemsii est réputée légèrement plus rustique que les sous-espèces canariennes, vraisemblablement de l’ordre d’un degré supplémentaire de tolérance, mais cette donnée demanderait à être confirmée par des expérimentations contrôlées.
Usages au jardin et en composition
Peu d’espèces succulentes offrent autant de possibilités de composition que Aeonium arboreum. Le port arborescent à rosettes terminales produit une silhouette graphique unique, et la disponibilité de cultivars couvrant un spectre chromatique étendu (du vert glauque au quasi-noir, en passant par le pourpre et le panaché) ouvre un éventail d’usages décoratifs :
- En contenant isolé, sur terrasse ou patio méditerranéen, où la mobilité du pot facilite le contrôle de l’exposition et la mise à l’abri hivernale.
- En rocaille ou jardin sec, en association avec d’autres Crassulacées (Echeveria, Crassula, Sedum) et avec des plantes méditerranéennes à feuillage argenté (lavande, santoline, Senecio).
- En plantation massive de la même variété, pour produire un effet sculptural lisible de loin.
- En sujet âgé conduit avec art, le tronc épaissi et les multiples rosettes terminales développant un caractère bonsaïsant remarquable.
- En association de cultivars contrastés (par exemple ‘Zwartkop’ contre ‘Variegatum’ contre arboreum type), pour souligner la richesse cultivariale de l’espèce dans une composition pédagogique de jardin botanique.
L’espèce tolère les embruns salins, ce qui en fait une candidate sérieuse pour les jardins littoraux méditerranéens. Elle est résistante aux cervidés et considérée comme non toxique pour l’homme et les animaux domestiques.
Foire aux questions
Quelle est la différence entre les trois sous-espèces d’Aeonium arboreum ?
La sous-espèce type (subsp. arboreum) est endémique de Grande Canarie, à inflorescence glabre. La sous-espèce holochrysum couvre les autres îles canariennes occidentales, avec un port souvent plus compact. La sous-espèce korneliuslemsii est la seule du genre à pousser sur le continent africain (Maroc), distinguée par son inflorescence glanduleuse-pubescente.
Aeonium arboreum est-il une espèce des Canaries ou de Madère ?
Selon POWO, l’espèce est native des Canaries et du sud-ouest marocain. À Madère, comme dans la majeure partie du bassin méditerranéen, les populations sont aujourd’hui considérées comme naturalisées et non natives, malgré une présence ancienne (des siècles dans certains cas).
Comment distinguer ‘Zwartkop’ de ‘Atropurpureum’ ?
‘Zwartkop’ atteint un noir uniforme et profond en plein soleil, sans cœur vert apparent. ‘Atropurpureum’ est plus rouge-pourpre, avec un cœur de rosette généralement vert ou vert tendre visible. La distinction est nette sur des sujets cultivés en plein soleil ; elle s’estompe en exposition tamisée.
‘Cyclops’ est-il un véritable Aeonium arboreum ?
Pas au sens strict : ‘Cyclops’ est généralement considéré comme un hybride Aeonium arboreum × Aeonium undulatum. Il est néanmoins commercialisé sous le nom Aeonium arboreum ‘Cyclops’ et appartient au panorama cultivarial usuel de l’espèce.
Peut-on planter Aeonium arboreum en pleine terre dans le sud de la France ?
Oui, mais uniquement dans les microclimats les plus chauds du littoral méditerranéen, en position abritée et sur sol drainant. Partout ailleurs, la culture en pot avec hivernage sous abri lumineux est plus sûre. L’humidité hivernale est un facteur limitant souvent plus dangereux que le froid lui-même.
Combien de temps vit un Aeonium arboreum ?
Plusieurs décennies pour un sujet bien conduit. Les rosettes individuelles meurent après floraison (monocarpie au niveau de la rosette), mais la ramification de la charpente assure la pérennité de l’individu. Des sujets cultivés depuis plus de quarante ans existent dans les collections institutionnelles et privées.
Aeonium arboreum est-il toxique ?
Non. Le genre Aeonium n’est pas considéré comme toxique pour l’homme ni pour les animaux domestiques. Comme toute plante ornementale, une ingestion massive peut provoquer des troubles digestifs mineurs, mais aucun composé toxique majeur n’est documenté.
Quels sont les cultivars d’Aeonium arboreum les plus faciles à cultiver pour un débutant ?
Le type sauvage et les cultivars ‘Atropurpureum’ et ‘Zwartkop’ sont les plus tolérants et les plus indulgents en culture. Les cultivars panachés (‘Variegatum’ et apparentés) sont moins vigoureux et demandent un peu plus d’attention.
Sites de référence
- POWO (Plants of the World Online) — fiche taxonomique de l’espèce et de ses sous-espèces, Royal Botanic Gardens, Kew : https://powo.science.kew.org/
- International Plant Names Index (IPNI) — pour la nomenclature historique : https://www.ipni.org/
- Royal Horticultural Society (RHS) — fiches cultivars et statut Award of Garden Merit : https://www.rhs.org.uk/
- International Crassulaceae Network (ICN) — ressource taxonomique spécialisée pour la famille des Crassulacées : https://www.crassulaceae.ch/
- Atlas Florae Europaeae — distribution européenne de l’espèce naturalisée : http://www.luomus.fi/en/atlas-florae-europaeae-afe
- Cactus and Succulent Society of America (CSSA) — publications spécialisées et bibliographie : https://cssainc.org/
- San Marcos Growers (Californie) — données de culture en climat méditerranéen : https://www.smgrowers.com/
Bibliographie
- Linné, C. (1753). Species Plantarum, vol. 1, p. 464. [Description originale sous Sempervivum arboreum.]
- Webb, P.B. & Berthelot, S. (1840). Histoire naturelle des Îles Canaries, vol. 3, partie 2 : Phytographia Canariensis. [Combinaison Aeonium arboreum.]
- Boom, B.K. (1959). [Description originale d’Aeonium arboreum ‘Zwartkop’.] Succulenta, Pays-Bas.
- Praeger, R.L. (1932). An Account of the Sempervivum Group. Royal Irish Academy, Dublin.
- Liu, H.-Y. (1989). Systematics of Aeonium (Crassulaceae). National Museum of Natural Science Special Publication, n° 3, Taïwan, p. 1–102.
- Bramwell, D. & Bramwell, Z. (2001). Wild Flowers of the Canary Islands. 2e édition. Editorial Rueda, Madrid.
- Eggli, U. & Newton, L.E. (2004). Etymological Dictionary of Succulent Plant Names. Springer, Berlin.
- Dobignard, A. & Chatelain, C. (2011). Index synonymique de la flore d’Afrique du Nord, vol. 3. Éditions des Conservatoire et Jardin botaniques, Genève.
- Cristini, M. (2022). The genus Aeonium. Piante Grasse, vol. 42 (Supplément), p. 1–225.
- Messerschmid, T.F.E. et al. (2023). Inter- and intra-island speciation and their morphological and ecological correlates in Aeonium (Crassulaceae). Annals of Botany, vol. 131, n° 4, p. 697–722.
